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Lorsque j’ai commencé à m’intéresser au unschooling, j’ai rencontré un principe qui rejoignait d’autres préceptes de pédagogie alternative, à savoir le fait de ne pas intervenir dans les apprentissages de l’enfant, ou le moins possible. Ne pas intervenir signifiait ne pas chercher à leur apprendre des choses. Mais si je laisse mes enfants apprendre, jouer, faire librement, que deviennent-ils ? Comment trouver le bon équilibre entre le cadre et la liberté ? Jusqu’à quel point je veux bien aller ? Jusqu’à quel point je peux aller ? Finalement, qu’est-ce que représente pour moi la non-intervention ?

Toutes ces questions, je vais essayer d’y répondre avec cet article car je n’ai pas de réponses toutes simples et arrêtées sur ce sujet. Je constate simplement que l’être humain a besoin d’intervenir sur ce qui l’entoure perpétuellement avec cette sensation de vouloir bien faire. Mais au fond, à quoi répond-on ? A notre égo ou véritablement au bien-être de ce sur quoi on intervient ? Quand je dis qu’on intervient sur les choses, je l’ai particulièrement constaté au niveau de l’éducation de nos enfants et de l’agriculture, deux domaines auxquels je m’intéresse plus qu’à d’autres.

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En permaculture, il y a par exemple des principes de base qui limitent considérablement notre intervention : on ne laboure pas (c’est-à-dire qu’on ne retourne pas le sol), on n’arrache pas les « mauvaises » herbes et on n’arrose pas. Nous sommes là en tant qu’observateur et guide plus qu’en faiseur de culture. On prend soin de la terre, on lui rend ce qu’elle nous donne. Humblement. Et les plantes poussent, en bonne santé, elles donnent de bons et beaux fruits, sans produits chimiques, sans la main interventionniste de l’homme. Sans abîmer la terre.

Bref, dans l’éducation des enfants c’est pareil. J’aime beaucoup une expression de John Holt dans « Les apprentissages autonomes ou comment les enfants s’instruisent sans enseignement ». Il parle du danger de « pingouiniser » les enfants. Les adultes aiment provoquer des moments pour dispenser un enseignement à l’enfant. Ou bien, l’enfant demande quelque chose et nous en profitons pour lui faire une réponse de 15 minutes explorant de long en large le sujet. Dans son livre, John Holt raconte une anecdote sur un enfant devant réaliser un compte-rendu sur un livre parlant des pingouins pour l’école. On pouvait y lire : « Ce livre en dit bien plus sur les pingouins que ce que j’ai envie d’en savoir. » Avec mon fils, c’est pareil. S’il pose une question et que je dérive sur une explication qui dépasse les frontières de la réponse attendue, je ferai face à une déconnexion totale de son cerveau ou à une remarque du style « Oui, oui d’accord d’accord, c’est bon ! » (traduction : cause toujours mais tu ne m’intéresses plus du tout…). Vouloir prendre le pas sur l’apprentissage autonome de l’enfant c’est l’empêcher d’apprendre tout simplement. Alors humblement, je pense que nous devons apprendre à arrêter de vouloir tout expliquer tout le temps, tenter d’intéresser l’enfant à ce qui nous intéresse ou toujours anticiper les choses alors qu’ils ne sont pas prêts.

Pour moi, malgré toutes mes lectures, ce n’est pas toujours simple. Entre ce qu’on lit, ce qu’on pense être le mieux et ce qu’on fait, il y a toujours de l’écart. Je pense y arriver la plupart du temps mais c’est dur, dans notre société, de respecter à tout prix le rythme de l’enfant. A chaque âge, il y a des attentes importantes de la part de l’entourage qui exerce une pression sur l’enfant et le parent. On se sent obligé de répondre à ces inquiétudes, même inconsciemment. La solution que j’ai trouvé aujourd’hui et qui me convient est de faciliter l’accès à le plus de choses possibles : nous faisons beaucoup de sorties bien sûr, je suis très à l’écoute des envies de Keyo même si tout n’est pas toujours réalisable, et à la maison, j’écoute ses volontés et je tente d’y répondre de mon mieux, je fabrique des choses comme du matériel Montessori ou d’autres idées que j’ai, si un sujet l’intéresse, je peux lui montrer un épisode de « C’est pas sorcier », j’achète des jolis livres… je lui montre et je les range… Il sait que s’il a l’envie un jour, il pourra manipuler, consulter. Je combats la frustration à l’intérieur de moi quand je vois bien qu’il ne porte absolument aucun intérêt à quelque chose que j’ai passé un temps fou à fabriquer (lettres rugueuses Montessori je pense à vous ^^). Mais j’ai choisi de ne pas le forcer à faire ce qu’il n’a pas envie. A l’inverse, il a adoré approfondir les sons avec Les Alphas.

Je tente de montrer le goût et l’obstination pour l’apprentissage par l’exemple. Je pense très sincèrement que l’enfant absorbe tout ce qui l’entoure et qu’en observant, même indirectement, un adulte trouver des ressources en lui-même pour apprendre, maintenir un effort pour atteindre un but, il prend une leçon de vie, gratuite et non-contraignante. C’est pour cette raison que je ne fais pas l’école à la maison comme on peut l’imaginer. Je vis ma vie à côté de mes enfants, nous partageons certains moments ensemble et d’autres pas. Être une maman d’enfants non-scolarisés ne m’empêche pas d’avoir un tas d’activités. Je rejoints ainsi le principe de l’autonomisation de l’enfant. L’enfant apprend par l’exemple. Il nous voit faire et il s’entraine chaque jour jusqu’à perfectionner son geste. Si nous interrompons son geste, si nous le considérons simplement et bêtement comme un « bébé », nous réduisons tous ses efforts. Je vois bien la différence entre mon fils, à qui je faisais un peu tout sans décrire les choses à haute voix, et ma fille, à qui je laisse une grande liberté et à qui je parle beaucoup. Elle est si dégourdie pour son âge. Je trouve aussi que mon fils répète souvent qu’il n’est pas capable de faire certaines choses, avant même d’avoir essayé. C’est un enfant plein d’énergie mais qui manque un peu de confiance en lui. Je prends sur moi pour lui permettre de faire ce qu’on appelle couramment « des bêtises » car c’est une façon pour lui de tester et d’apprendre aussi, même plus grand.

Alors où je mets le curseur pour ne pas péter un câble ? Déjà, chaque jour est différent. Je sais qu’en ce moment, j’atteins vite mes limites car je me sens très fatiguée. C’est important de le sentir car ça me permet de dire non à certaines libertés que je peux laisser (genre laisser Oléia manger du couscous seule à 20h du soir alors que je suis épuisée… ou Keyo me demander une énième activité alors que sa chambre est sans dessus-dessous… très mauvaise idée !). Quand je suis fatiguée et à tendance impatiente, je sais aussi que j’ai besoin de ne pas me presser pour faire les choses : une activité par jour et s’octroyer le droit de ne rien faire de spécial aussi, prendre plus de temps pour moi, me focaliser sur les vacances à venir… C’est difficile de mettre un cadre quand on sent que nos enfants ont tellement d’enthousiasme. On peut trouver des solutions en fixant des règles dans la maison (j’en parle ici), en lâchant du leste, en ne prenant pas tout à cœur non plus, en sachant dire non, ne pas culpabiliser s’il nous arrive de crier après nos enfants, en se laissant le droit de se séparer aussi (Keyo aime bien venir jouer dans le salon mais je lui demande de retourner dans sa chambre car il amène du bazar, du bruit… et maintenant qu’il a plus de 5 ans, il peut m’arriver de le laisser seul à la maison si je dois faire une course) et puis en n’acceptant pas tout bien sûr. Comme disait Naomi Alort dans « Être et devenir » : « La liberté, c’est l’authenticité. C’est la possibilité d’être soi-même, à la poursuite de ses propres intérêts, de son chemin et auto-réalisation. Avoir pleine licence, c’est la permission de faire ce que l’on veut. Elle n’est pas nécessaire et personne ne l’a. On préserve le pouvoir inné de l’enfant sur sa propre vie, son autonomie. Pas son pouvoir sur les autres. Pas le fait de pouvoir faire tout ce qu’il veut. Se donner tous les droits n’existe pas ! »

Alors, en guise de conclusion, je vais surtout parler de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, qui sont là les prochaines étapes importantes auxquelles Keyo devrait faire face, en terme de pression de l’entourage et de l’inspection. Car, nous avons choisi de poursuivre l’unschooling l’année prochaine où normalement Keyo aurait dû rentrer en CP, où l’instruction sera contrôlée à notre domicile par un inspecteur, où les questions se feront sûrement plus intrusives. J’ai décidé de laisser mes enfants apprendre autant que faire se peut, en autonomie, pour ne pas les abîmer comme l’agriculteur moderne abîme la terre qui, pourtant, l’aide à produire de bons légumes. J’ai décidé de respecter leur rythme, leurs intérêts, de ne pas leur mettre sous le nez des méthodes d’apprentissage de la lecture s’ils n’en sont pas demandeurs parce-que c’est le souhait de la société et non le-leur. Je prends très à cœur cette « mission » qui sera de les protéger des pressions extérieures pour leur permettre de conserver tout ce qu’ils ont en eux. Et par protéger, je ne veut pas dire les couper du monde ou les couver. Cela veut juste dire que, comme pour le permaculteur, je serai là pour leur donner des coups de pouce et être un guide mais je ne veux pas intervenir sur leur façon de pousser car je crois très fort en eux.

Quelques lectures si le sujet vous intéresse :

  • Freedom – Not licence !, de A.S. Neil
  • Raising our children, raising ourselves, de Naomi Aldort
  • Les apprentissages autonomes, de John Holt

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2 commentaires sur « L’unschooling et la non-intervention »

  1. Bel article sur le unschooling … voilà un sujet qui me passionne depuis des mois, comme les écoles dynamiques d’ailleurs, mais j’avoue que je suis séduite sur le papier (les lectures, les blogs , les dVD) mais je suis incapable d’avoir ce lâcher prise … peut être est ce du à ma formation d’instit, à mon héritage familial , à ma formation Montessori qui m’a conquise … bref, je vais déjà déscolariser la dernière et je vais voir vers quel chemin cela nous mènera. En tous les cas, j’ai hâte de suivre vos aventures de unschooling!

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    1. Merci Alexandra ! C’est en effet beau sur le papier. Beau dans les films. Dans la vraie vie ce n’est pas si simple si on essaye de calquer note vie sur ce qu’on lit et ce qu’on voit. Il faut lâcher prise comme tu le dis, trouver un rythme qui nous appartient. Il y a autant d’ief qu’il y a de familles je crois. Trouvez votre rythme à toi et ta fille, l’important il me semble c’est d’être heureux de le faire. On a tous nos convictions 😉 je suivrai aussi la descolarisation de ta fille et tes sentiments ! Bises

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