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C’est une question que m’a posé assez récemment un professeur des écoles et si elle m’est apparu, de prime abord, pleine de préjugés, cela m’a donné envie de m’y pencher sérieusement. En fait, la question dans sa totalité était : « A l’origine, l’instruction en famille n’était-elle pas un truc de bourgeois ? » Ce qui sous-entendait que les familles ayant fait le choix d’instruire leurs enfants en famille de nos jours ont hérité du mode de pensée bourgeois ou ont des aspirations bourgeoises pour leurs enfants, notamment sur la notion de succès. A contrario, l’école compenserait le manque d’instruction des parents et permettrait à tous les enfants, de façon égalitaire, de réussir. La réponse pourrait paraître simple mais tout compte fait elle ne l’est pas. Pour répondre, cela me semble aussi important de savoir ce que l’on met derrière l’expression « instruction en famille » et comprendre quelles sont les attentes derrière cette instruction. Tout part de là, quelle est notre vision de l’éducation, que doit-elle apportée ? Il me semble nécessaire de faire un petit saut dans l’histoire pour analyser les choses vraiment en profondeur car la réponse à cette question est finalement très complexe.

Il y a 5 000 ans : où l’on hiérarchise les savoirs

Les premiers hominidés apparurent il y a 7 millions d’années et les homo-sapiens, c’est-à-dire nous, il y a environ 200 000 ans. Avant l’apparition de l’écriture autour de -3 500 ans avant J.C, dans le croissant fertile, en Mésopotamie, l’école, comme lieu de transmission de connaissances, n’existait pas encore. Pourtant cela n’a évidemment pas empêché l’être humain, alors illettré et relativement pauvre, de faire de grandes découvertes dont les répercussions directes ou indirectes, furent formidables sur le bien-être de millions d’êtres humains et permirent sa prospérité biologique. Invention de l’agriculture, irrigation artificielle, charrue, exploitation de la force animale, navigation à voile, fermentation des boissons, production et utilisation du cuivre, brique cuite, voûte, faïence, sceau,… Puis le calendrier solaire, l’écriture, la notation numérique, la production et l’emploi du bronze, … ! Bref, l’homme, le producteur, le cultivateur, l’artisan lui-même perfectionna au fil des âges ses techniques afin de faciliter son travail et entraina ainsi du progrès. Par exemple, pour compter, il y a 30 000 ans, les hommes de Cro-Magnon utilisaient des cailloux ou des os. Puis il y a 3 500 ans avant notre ère, l’employé d’un propriétaire terrien en Mésopotamie eu l’idée de fabriquer des petits objets en argile pour compter des plus grosses quantités. Un peu plus tard, 3 000 ans avant notre ère, des travailleurs égyptiens imaginèrent les hiéroglyphes pour représenter les nombres. Puis le calame fut utilisé en Mésopotamie pour écrire des chiffres par les scribes. Chaque civilisation utilisaient et inventaient des signes pour représenter les chiffres. C’est au 5ème siècle que des savants indiens inventèrent le système numérique que nous connaissons.

Lorsque l’écriture est née autour de -3 000 ans avant notre ère, à la base pour des besoins de comptabilité, elle est aussi vite devenue une profession spécialisée avec la naissance des premières écoles de scribes. Ils représentaient une petite minorité et leur métier bénéficia d’une position privilégiée dans l’échelle sociale, s’opposant ainsi aux emplois manuels dont les conditions de travail étaient très dures. L’écriture, en s’intéressant plus particulièrement aux mathématiques, à la médecine, l’astrologie, l’alchimie, la divination, forma ainsi un corps de sciences d’érudition accessibles seulement aux quelques élites ayant été initiés aux mystères de la lecture et de l’écriture. Cette nouvelle classe de scribes et de lettrés étaient étroitement liés à la classe dirigeante et par là ils étaient intéressés autant qu’eux à conserver une organisation pyramidale du pouvoir.

Petite aparté : où l’on s’interroge sur la vocation de l’école

Charlemagne n’a donc pas inventé l’école en 789, mais nous pouvons dire qu’il a participé à la réinventer. En réunissant des garçons de conditions nobles et modestes, il souhaita former les futurs cadres de son empire. Ainsi, il leur appris à lire, écrire, compter et leur donna une éducation religieuse. De Charlemagne jusqu’au 19ème siècle, l’école se développa petit à petit mais je ne vais pas m’étendre sur ce très long sujet et finalement pas si indispensable que ça pour répondre à notre question de départ.

L’école que nous connaissons, à savoir l’école républicaine, a été mise en place au cours du 19ème siècle. Certains penseurs affirment que son encadrement, notamment par les lois Ferry (portant sur la laïcité, la gratuité et l’obligation d’instruction de 6 à 13 ans à l’époque) furent la conséquence de la défaite contre le Prusse en 1870 qui aura fait perdre le territoire d’Alsace-Moselle à la France. Il est vrai que les programmes étaient alors complètement propagandistes et avaient comme fondement revendiqué de préparer des petits soldats prêts à défendre la France contre l’ennemi : l’éducation militaire est présente en gymnastique (les garçons devaient réaliser des exercices militaires), en histoire, en géographie, en instruction civique, en français… Toutes les matières flattent le bon patriote prêt à sacrifier sa vie pour son pays.

Par ailleurs, l’école était obligatoire jusqu’à 13 ans. La plupart des enfants n’avaient pas les moyens de poursuivre leurs études et retournaient aider leurs parents et seuls les enfants issus de famille aisée continuaient leurs études. Aujourd’hui, ce n’est évidemment plus le cas, le temps de la scolarité a été augmenté et de nombreuses filières supérieures sont « gratuites ». Toutefois, l’évolution de l’école au cours du 20ème siècle montre que ce sont les attentes de notre société capitaliste qui ont motivé les différentes réformes scolaires. De plus, l’école ne permet pas de jouer son rôle d’ascenseur social, au contraire, elle reproduit les inégalités.

Où l’on revient à nos moutons

Je comprends l’idée reçue selon laquelle l’instruction en famille serait héritée des bourgeois. En effet, les nobles familles payaient des précepteurs ou des maitres pour donner des leçons individuelles de mathématiques, de science, de littérature, de philosophie ou encore d’astronomie. Le développement de l’école à grande échelle, la mise en place de politiques culturelles et diverses innovations (télévision, internet, …) ont eu le mérite de démocratiser l’accès à de nombreux savoirs, autrefois réservés à quelques privilégiés.

De plus, il y a aussi cette croyance que les familles qui instruisent leurs enfants à la maison ont les moyens de se passer d’un salaire. Il est vrai qu’après avoir maintes fois regarder le documentaire de Clara Bellar, « Être et devenir », c’est le reproche principal qu’on peut lui faire. Même si à plusieurs reprises la réalisatrice aborde le fait que l’argent n’est pas un obstacle, la grande majorité des familles rencontrées vivent dans des belles maisons ou semblent avoir des métiers valorisants. C’est un documentaire que je conseille régulièrement à mes proches mais qui véhicule également des fausses idées sur le niveau de vie de ces familles.

Si l’on veut être le plus objectif possible, il convient de reconnaître que de toute façon le mode de vie bourgeois inspire la société toute entière : idées de la réussite, des bonnes manières, de la bonne éducation, du besoin de richesses, du confort, de la consommation, … Avant l’apparition de l’école, les bourgeois avaient les moyens de donner des leçons particulières mais ce n’était certainement pas eux qui instruisaient leurs enfants. Depuis, l’école fait elle-même partie de ce système aux aspirations bourgeoises. Il suffit de regarder les attentes du socle commun pour se rendre compte que les orientations sont complètement intellectuelles et non manuelles, que le respect des centres d’intérêt et du rythme de chacun n’est pas la priorité, et que les attentes sont profondément morales. C’est Ivan Illitch, dans « Une société sans école », qui écrit une phrase au sujet des personnes vivant dans les pays en voie de développement que je trouve très juste et qui, à mon sens, s’applique dans toutes les sociétés : « Leurs citoyens ont appris à penser comme des riches, tandis qu’ils vivent comme des pauvres. »

Depuis que l’humain existe, la plupart des gens n’ont pas reçu d’enseignements. Les enfants naissaient (logique ^^), grandissaient et s’adaptaient à leur environnement pour en tirer le meilleur. C’est Peter Gray qui nous dit ceci :  « Les enfants viennent au monde conçus pour observer et découvrir ce qu’ils ont besoin de savoir afin de se débrouiller dans la culture dans laquelle ils sont nés. Ils y sont bien plus compétents que les adultes. C’est pourquoi ils apprennent le langage si rapidement et apprennent des choses au sujet du monde réel qui les entoure bien plus rapidement que les adultes. C’est pourquoi les enfants de familles immigrées font plus attention à la langue parlée par leurs nouveaux camarades, dans la nouvelle culture, qu’à la vieille langue parlée par leurs parents. C’est aussi pourquoi, dès qu’il y a une nouvelle innovation technologique, les enfants apprennent à l’utiliser plus vite que leurs parents. Ils savent, instinctivement, ce qu’ils ont besoin d’apprendre afin de s’en sortir. »

Je ne pense pas qu’il soit donc tout à fait vrai de dire que l’instruction en famille d’aujourd’hui est héritée de celle des nobles de l’histoire. La plupart des familles ont cette volonté de suivre le rythme d’apprentissage des enfants, d’innover en terme d’accès au savoir, de multiplier les possibilités, de transmettre leurs modes de vie et permettre à leurs enfants de s’épanouir le plus possible en leur offrant un environnement riche de curiosités en tout genre. Nous-même, en tant que parents, cherchons à tirer le meilleur de notre environnement. Néanmoins, les apprentissages restent guidés pour la grande majorité par les attentes du socle commun de l’éducation nationale. Les inspecteurs viennent chaque année vérifier le niveau intellectuel de l’enfant. Les compétences manuelles sont complètement mises de côté, en fait c’est comme si elles ne faisaient pas parti de « L’instruction ». Cuisiner, coudre, bricoler, réaliser des montages vidéo, … sont des activités qui ne sont pas valorisées, elles correspondent à des activités de loisir, notion malheureusement opposée à celle de travail. Il me semble donc plus réaliste de dire que ce sont les idéaux de la société qui sont hérités des bourgeois et non pas l’instruction en famille. L’instruction, dans l’esprit du plus grand nombre, est intellectuelle et non manuelle, et l’on voit bien dans la première partie de cet article depuis quand cette idée s’est installée dans nos têtes.

Dans la société toute entière, il existe des familles aux différentes aspirations, bourgeoises ou non, qu’elles pratiquent l’instruction en famille ou qu’elles scolarisent leurs enfants. Personnellement, pour tordre le cou aux préjugés, la plupart des familles que j’ai rencontré ont au contraire une volonté de revenir à un mode de vie plus simple, plus respectueux et bienveillant. J’ai rencontré très peu de familles qui ont un niveau de vie confortable, la plupart ont juste complètement revus leur façon de dépenser et de consommer. Ce sont des citoyens lambdas qui ont juste opté pour un choix de vie différent.

En conclusion, je pense que tout se nourrit de tout, c’est le principe de l’évolution. Je pense que l’intellect est aussi important que le manuel, je pense que les différences sont là pour faire évoluer des idées, des concepts et que chaque chose repose sur la complémentarité d’une autre. Je pense que l’école dans notre pays a permis de démocratiser la lecture et l’écriture à grande échelle et qu’elle est un système qui fonctionne avec les besoins du plus grand système dans lequel nous vivons actuellement. Je suis d’accord avec Naomi Aldort quand elle dit que certains hommes ont consacré leur vie à une seule activité et que cela a profité aux autres. Je suis également d’accord avec Ivan Illitch quand il dit que le savoir de la plupart des êtres humains leur vient d’expériences personnelles faites en dehors de l’école. Je pense qu’il existe autant de chemins que d’humains et que le système scolaire ne devrait détenir aucun monopole du savoir. Et puis finalement, est-ce si important de savoir combien on gagne tant que notre première aspiration est d’être heureux et de vivre en paix ?

Et vous, chers lecteurs, qu’en pensez-vous ?

7 commentaires sur « L’instruction en famille est-elle un truc de bourgeois ? »

  1. C’est un vaste débat, que celui des inégalités scolaires et d’apprentissages. Ça serait intéressant de savoir d’un point de vu sociologique qui fait l’école a la maison? Çà reste quelque chose d’assez marginal en France. Il me semble que c’est bien une pratique « bourgeoise » : »Personne appartenant à la classe moyenne et dirigeante, n’exerçant aucun métier manuel et jouissant d’une situation aisée (par opposition au monde ouvrier ou paysan) » . Aujourd’hui la classe populaire n’instruit pas ou peu ses enfants en familles: pas d’ouvrier, de caissière, de techniciens de surface ou d’agriculteur. C’est quelque chose que l’on retrouve dans les classes moyenne ou aisé et peut etre des gens religieux. Alors après en terme de revenu çà peut couvrir des chose très vaste: on peut appartenir à la classe moyenne et ne pas gagner tellement plus qu’une caissière, c’est aussi en fonction du capital culturel que se désigne la classe moyenne et pour instruire soi même ses enfant il en faut et même beaucoup du capital culturel! Mais après ou est le problème: ceux qui réussissent à l’école sont aussi des bourgeois. Enfin en tout cas l’éducation national ne peut pas critiquer ceux qui font l’instruction en famille par ce bout là ou c’est l’hôpital qui se fout de la charité, car l’école est faite pour reproduire les inégalités sociales et plus on monte dans l’instruction et plus c’est fort. On peut bien chercher les enfants d’ouvriers et d’employés à l’ENA, sciences po et polytechnique ils n’y sont pas. De toute façon la classe moyenne instruit ses enfants à la maison ou alors il ne faut plus lire d’histoire a ses enfants, ne plus utiliser de langage soutenu, ne plus voyager ou partir en vacances, ne pas les emmener au musée… C’est bien toute ces choses qui font que de toute façon les riches s’instruisent plus vite et mieux que les pauvres. Donc éduquer complètement ses enfants chez soi, oui, pourquoi pas,si on en a les moyens financiers et intellectuels, pourquoi s’en priver. Apres si l’école changeait et devenait plus égalitaire et plus bienveillante je pense que de nombreux parents laisserait plus volontiers leurs enfant à l’école. Apres rien n’empêche de mettre en place des actions pour rendre l’école plus égalitaire.

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    1. Je ne sais pas pourquoi wordpress a mis ce premier commentaire en indésirable… je ne regardais pas à chaque fois mais là je vais faire gaffe. Oui ce serait intéressant qu’il y est des études plus poussées sur l’IEF en France mais ce n’est pas sujet qui intéresse véritablement les sociologues ni les politiques (mais ça va peut-être changé, je l’espère), il n’y a pas d’études comme il peut y en avoir en Grande Bretagne ou aux US. Du coup, on ne peut que s’appuyer sur nos impressions, nos échanges, nos rencontres,… en tant que familles instruisant nos enfants à la maison, en vivant ça de l’intérieur. Mais ce serait bien en effet qu’il y en est, ça permettrait je pense de mieux combattre certains préjugés.

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  2. Il me semble que, oui, l’instruction en famille est une pratique bourgeoise. Apres que veux dire bourgeois: « Personne appartenant à la classe moyenne et dirigeante, n’exerçant aucun métier manuel et jouissant d’une situation aisée (par opposition au monde ouvrier ou paysan) ». C’est à dire tout les gens qui ont fait des études supérieures qui ne sont ni employé ou ouvrier. C’est pas mal de monde en France. Je ne pense pas que les caissière, les techniciens de surface ou les ouvriers fassent l’école à la maison. Parce que c’est pas tellement une question d’argent, qu’une histoire de capital culturel, on peut appartenir à la classe moyenne et avoir le même salaire qu’une caissière, mais on a pas le même niveau d’étude. Apres l’éducation nationale peut pas faire culpabiliser les parents sur ce point ci, parce que l’école et ceux qui la réussissent, appartiennent aussi à la bourgeoisie et plus on monte plus c’est fort, les enfants d’ouvriers et d’employé représentent environ 20 pour cent des étudiants alors qu’ils représentent quasiment 60 pour cent de la population en France. Donc pourquoi se priver si on a les moyens financiers et intellectuels d’instruire totalement ses enfants chez soi. Apres que soulève la réflexion de cet enseignant: est ce que ça veut dire qu’en lâchant l’école on abandonne l’idée d’une instruction ouverte à tous et donc plus juste? Parce que de toute façon nous instruisons nos enfants chez nous et pas de la même façon ou alors pour etre totalement égalitariste il faudrait ne pas parler un langage soutenu à nos enfants, ou de langues étrangères, ne pas partir en vacances ou en voyage, ne pas aller au musée, au cinéma ou à des concerts, ne pas inscrire ses enfants à des atelier de sports ou d’arts… Ne rien partager de nos savoirs, de nos passions avec nos enfants. Faudrait aussi savoir pourquoi les gens font l’école a la maison: dégoût de l’école, envie de s’investir à fond dans l’éducation de ses enfants? Apres si l’école était plus égalitariste en individualisant plus les parcours pour combler les injustices de base, en étant plus bienveillante et en reconnaissant toutes l’étendue des intelligences, alors peut etre certains re-scolariserait leurs enfants. Apres faire l’école à la maison c’est aussi exercé sa liberté individuelle et on a le droit, certain préfèrent faire leur pain ou leurs vêtements eux même, plutôt que par des professionnels. Faire l’école à la maison c’est aussi vivre sa parentalité comme on le souhaite et c’est plutôt positif d’avoir le choix, parce que c’est ça qui compte. Avoir le choix de faire ou ne pas faire l’école à la maison, le choix d’allaiter ou pas, le choix d’accoucher chez soi ou à l’hôpital, le choix de faire vacciner ses enfants ou pas, le choix de travailler ou de rester chez soi, le choix d’éduquer ses enfants selon ses principes. Apres ce qu’il faudrait c’est aider tous les parents à vivre leurs choix sans contraintes financières ou sociales. Quand à un école plus juste,montrer qu’on peux s’instruire autrement que de façon classique, ça aide aussi a changer les mentalités et a changer l’école, l’éducation nationale devra s’y mettre le jour ou la pression sera trop forte.

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    1. Je pense que la définition de bourgeois va plus loin encore. Tu as fais des études supérieures pourtant tu n’es pas une bourgeoise. J’avais trouvé un site la dessus, je vais essayer de le retrouver. Je suis un peu embêtée car j’ai un doute sur le fait que tu aies bien lu mon article ou non car oui des petits métiers font l’instruction en famille. C’est encore un préjugé de croire que des petits métiers ne choisissent pas cette voie. Tous les gens que j’ai rencontré sont des employés ou ex employés, je n’ai du rencontrer que deux personnes qui avaient un métier peut être mieux rémunéré (mais pas de quoi en faire des bourgeois) et beaucoup de familles monoparentales pratiquent l’ief. Il ne faut vraiment pas s’arrêter aux blogs qu’on lit, ils ne sont absolument pas représentatifs, ils montrent le beau, le bon. Bref, je pense que le problème c’est qu’on reste dans l’opposition riche/pauvre dans une société, comme tu le dis bien ou les bourgeois mettent surtout leurs enfants à l’école comme les autres classes, voire plutôt dans des écoles privées ou écoles réputées vu leur « rang » et leur tunes, ce ne sont pas du tout des gens qui iraient s’occuper de l’instruction de leurs enfants, dans la grande généralité. Il faudrait que je te prête le bouquin de thevenin et compagnon : « l’histoire des professeurs de 1880 a nos jours » qui explique super bien que l’école c’est un truc de bourgeois à la base. L’instruction en famille a toujours été plus un truc de pauvre sauf qu’avant on transmettait à nos enfants d’autres connaissances, plus en phase avec l’époque. Aujourd’hui on en transmet d’autres, en phase avec notre société. Quand tu parles de comment être plus juste et egalitaire avec les enfants, ça fait très marie duru-bellat et en fait on reste dans les problèmes et aspirations scolaires à travers lesquelles certains domaines sont valorisés et d’autres pas, certains comportements admis et d’autres pas. Tous les enfants ont leurs talents, leur curiosité naturelle et toutes les familles qui aiment leurs enfants aiment passer du temps avec eux, pour jouer, pour parler, pour partager… Malheureusement le système scolaire qui impose la lecture, l’écriture et le calcul des le CP (voire même maternelle maintenant), et un tas de matières enseignées beaucoup trop tôt, et bien ça fait peur aux gens. La plupart des enfants sont même pas prêts à cela du coup ça crée une difficulté, ça donne l’impression que apprendre ne se fait que grâce au métier du professeur. Or moi, j’ai complètement dépassé cette idée qu’il faille enseigner, je pense qu’il suffit de vivre (j’ai mis une petite vidéo de la fille de rabhi sur ma page Facebook il n’y pas longtemps, elle explique super bien comment on passe de l’idée qu’il faut enseigner à celle où il faut faire confiance à l’enfant). Mais je suis d’accord que le chemin est long pour sortir de cette idée, tellement ancrée en chacun de nous. J’ai adoré lire « une vie sans école » d’ivan illitch, lui propose de mettre en commun les connaissances, de rendre accessible du matériel (comme les fablab), de mettre en place des réseaux dédiés à la mise en relation de personnes qui ont des intérêts identiques,etc… Et c’est ce que font plein d’associations aujourd’hui, il y a tellement de choses qui se passent des qu’on sort la tête de ce système c’est fou. Et je te conseille aussi le documentaire « schooling the world » si ne l’as pas déjà fait, il se trouve facilement sur internet. Bon en tout cas ce débat est fort intéressant et j’essaie du mieux que je peux de transmettre ma pensée par écrit meme si je pense qu’à l’oral ce serait plus simple ^^
      En tout cas on se rejoint sur le fait que l’école française devrait se mettre à jour et s’inspirer de tous ces courants alternatifs. Peut être que beaucoup de familles scolariseraient leurs enfants ou peut être pas, grandir et découvrir la vie à travers les yeux de ses enfants, être là en amour pour eux, les connaître comme personne et les accompagner du mieux que nous pouvons, c’est une expérience fantastique et personnellement ça a donnée beaucoup de sens à mon métier de parent et ça m’a apporté des fabuleuses rencontres et permis de faire de grandes découvertes :)

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    2. Et un petit Ps : on peut se demander pourquoi les gens optent pour l’instruction en famille mais je pense que ce serait plus intéressant encore de se demander pourquoi les gens optent pour l’école non ?

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  3. Tout depend de la définition du mot bourgeois. je suis une bourgeoise dans le sens ou jai fait des études supérieurs j’occupe un poste dans les professions intermédiaires je ne suis ni ouvrière ni agricultrice et pas employé (meme si cette catégorie est très vaste et regroupe des gens qui font partir des bourgeois). Après est ce que j’adhère à la pensée bourgeoise au travers de la valeur travail pas du tout je tente meme de vivre différament. Après faire de l IEF demande des prêt-requis pas à la Porté de tous en tout cas il faut savoir lire écrire compter avoir de la culture général, s’intéresser à l’éducation (ce qui est rare en faite).. Ceux qui pensent le monde ce sont les bourgeois ceux qui peuvent se libérer un coin de cerveau pour réfléchir et qui sont pas complètement abrutis de travail. Après l IEF va à l’encontre de la pensée standard et donc de la pensée bourgeoise et cest la le potentiel révolutionnaire de l’école à la maison et encore plus l unschooling (y’a un mot français pour ca?).

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    1. C’est sûr qu’aujourd’hui la définition de bourgeois est un peu plus complexe, finalement est-ce que ça colle toujours avec notre époque ? Dans ma représentation spontanée, cela correspond plus à une catégorie de personnes entre le 18ème et milieu du 20ème, mais je pense qu’on peut facilement remplacer la question de départ par « l’ief est-elle un truc de riche » en quelques sortes. Il y a cet article qui peut jouer le contraste entre bourgeois d’avant et de maintenant : http://madame.lefigaro.fr/societe/nouveaux-codes-de-bourgeoisie-080707-9248
      Mais perso quand je le lis, je me dis que ça concerne quand même une certaine catégorie de personnes dans laquelle je ne reconnais que très peu de monde.
      Je pense aussi que pour faire l’IEF il faut être dans une démarche où l’on s’interroge sur l’éducation, sinon on y pense même pas, mais je pense que ça concerne tous les milieux sociaux et culturels. C’est sûr qu’une famille première génération d’immigrée se lancerait peut-être pas dans l’ief, mais une deuxième ou 3ème génération pourquoi pas, il y en a beaucoup ! Ils ont été à l’école, ont appris à lire, écrire, compter. Quand je vois la diversité des familles IEF, je ne me dis pas que l’IEF est réservée qu’à certaines personnes. Hier j’écoutais le replay d’un émission radio sur RMC animée par Roselyne Bachelot, il y avait un garçon qui disait que son père était manutentionnaire dans une usine (donc ouvrier) et sa mère faisait l’ief pour lui et ses 4 frères et sœurs. J’ai rencontré un tas de mamans seules, des roots qui vivent dans la nature, des employés divers ayant fait des études ou pas, … Pour ce qui est de la culture générale, oui sûrement que ça donne une certaine confiance, mais franchement je n’avais pas la même culture avant de déscolariser Keyo et maintenant, je n’avais pas lu autant de livres sur l’éducation que maintenant, … Je pense surtout que quand on découvre cette possibilité et qu’on trouve cela génial, tout à coup les portes d’un nouveau monde s’ouvre et les intérêts, la culture, les connaissances se développent automatiquement, car cela devient un besoin fort.
      Oui en français on traduit le « unschooling » par « apprentissages autonomes/informels ». C’est plus long ^^

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