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On pourrait croire que je suis sur un bateau qui tangue d’un côté puis d’un autre mais en fait pas du tout. Lorsqu’on a commencé l’instruction en famille, je pensais que l’on devait choisir un rythme de travail et qu’il devait toujours être le même. C’est l’impression que me renvoie le monde de l’instruction en famille alors que j’ai rencontré plus de gens modifiant leurs habitudes, adaptant leur rythme à leurs enfants et au changement des saisons, plutôt que des personnes avec une routine bien établie et fixe.

L’automne et le début de l’hiver nous avaient bien tous achevés sur le plan physique. J’ai préféré écouter notre corps, même avec l’inspection qui approchait, et ralentir la cadence, ne plus nous imposer un temps de travail le matin dont nous sortions épuisé pour le reste de la journée. Notre petite semaine à 8 à la maison a permis à Keyo de voir son cousin qui a le même âge que lui et qui est donc en CP. Il savait lire et nous racontait des histoires le soir. Depuis qu’ils sont rentrés, Keyo me fait rire car il essaye de l’imiter. Il me dit : « moi aussi je vais lire ». Il prend un livre et récite toutes les lettres. Lus comme cela, ça fait des mots très bizarres et nous en rions beaucoup. L’effet de groupe a un effet très positif, mais il faut les laisser entre eux, ils partagent, échangent et se font grandir mutuellement. Intervenir le moins possible, les laisser jouer, s’imiter, se parler, … Mais bon, vous le savez bien maintenant, je suis pour la non-intervention ^^

Hier matin, nous prenions le petit-déjeuner et Keyo a prononcé une phrase qu’il n’avait pas prononcé depuis longtemps : « maman, je m’ennuie. » Bon, je connais la véritable traduction : « maman, je peux jouer à l’ordinateur ou regarder un dessin animé ? » Mais j’ai sauté sur l’occasion pour ressortir notre cahier d’exercices « Je comprends tout » de chez Nathan niveau CP. Et je lui ai proposé quelques exercices de calcul plutôt que les pages de français sur lesquelles il faisait un gros blocage et qui nous avait juste donné envie d’abandonner ce cahier. Comme il adore ça, aucun soucis pour lui proposer des exercices, au contraire ça le challenge.

Compte tenu de mes nombreux essais à intégrer des exercices formels avec un enfant qui n’en demande pas et qui, a priori, n’aime pas cela, voici quelques pistes qui peuvent fonctionner :

  • Certains enfants ont un problème avec le fait d’être assis à une table. Parfois, il suffit de retirer les chaises, leur laisser la possibilité d’être debout, de sauter et courir, faire des va-et-vient entre la table et le mur, … On peut imaginer un jeu : l’enfant est à l’autre bout de la pièce, on lui pose une question et il doit courir le plus vite possible pour venir écrire sa réponse. On peut aussi passer debout sur un tableau, y écrire des mots et demander à l’enfant de les lire en s’éloignant de plus en plus, faire des entrées croisées pour former des syllabes, … Bref, avec une petite pincée d’imagination, en sortant un peu de l’idée que travailler doit se faire assis, bien droit, sur sa chaise, on colle mieux à la personnalité de nos enfants et on détend un moment qui nous crispait tous jusqu’alors.
  • Mettre de la musique. Là aussi, certaines personnes, adultes comme enfants, sont plus concentrées avec un fond sonore (musique, télé, …) plutôt que dans un silence de mort. Personnellement, je préfère le silence, les bruits me dérangent assez vite (même si je m’y suis habituée depuis que j’ai des enfants ^^) mais Keyo aime la musique, elle aide à le détendre et à se concentrer.
  • Partir des centres d’intérêts de l’enfant. Rien de très original dans cette piste mais c’est quelque chose qu’on peut vite oublier car là encore il faut parfois un peu d’imagination pour amener des jeux dans les apprentissages. Votre enfant aime les legos, les billes, les poupées, les figurines, utilisez-les pour compter dans les exercices, inventez des histoires avec et écrivez-les, …
  • Utiliser des « vieux » objets au look atypique (et donc attrayant) : machine à écrire, vieille machine à calculer qui fait du bruit, balance Roberval, …
  • Certains enfants résistent à certains apprentissages par peur de mal faire. Ils ne sont juste pas encore prêts. L’enfant peut désirer faire parfaitement avant d’en faire la démonstration. C’est parfois la raison pour laquelle il repousse certains exercices (il n’aime pas son écriture donc il ne veut pas écrire, il trouve qu’il dessine mal alors il préfère ne pas dessiner, …). On peut proposer à l’enfant d’écrire au crayon à papier, de lui montrer qu’on peut gommer, utiliser des feuilles de brouillon et recopier au propre. Mais surtout dans ce cas, il me semble évident qu’il vaut mieux ne pas insister pour ne pas mettre l’enfant en situation d’échec, au risque d’altérer sa confiance en lui. Il vaut mieux s’intéresser à ce qu’il sait faire et surtout le valoriser. Je pense qu’il est très important de garder à l’esprit que les enfants sont des néophytes devant les exercices qu’on leur propose. Imaginez juste une seconde qu’on vous mette à la place d’un chirurgien en pleine opération (personnellement, je pars en courant) ou dans la cuisine d’un grand pâtissier réalisant un superbe gâteau que vous devrez reproduire à l’identique. On ne saurait pas faire et c’est normal. Mais le jour où nous déciderons de nous intéresser à la cuisine, nous ferons nos propres tentatives, nous essuierons beaucoup d’échecs jusqu’à réussir et maitriser cette nouvelle compétence. En chirurgie, c’est pareil, il faut des années de pratique. Bon alors, mettez-vous à la place de votre enfant qui vous considère comme le Dr Mamour ou le Pierre Hermé de la lecture, de l’écriture ou de je ne sais quel autre apprentissage. Il faut de la patience, de la confiance et du temps !
  • S’éduquer soi-même. Encore une chose qui peut paraître évident mais à la maison, avec toutes les tâches du quotidien, nous pouvons vite oublier d’avoir nous-même des activités comme lire, écrire, vivre nos passions, … Le soir, au moment du coucher, chacun peut lire son livre côte à côte, parents et enfants. Nous devons également réintroduire l’écriture dans nos vies. Il y a quelques années, je ne suis pas sûre que mon fils m’ait vu écrire quoi que ce soit : mon téléphone et mon ordinateur ont remplacé tout support papier. Dorénavant, je fais attention à écrire ma liste de course sur une feuille, réécrire les recettes avant de cuisiner, j’ai également un carnet dans lequel je note chaque jour quelque chose, je me suis remise au dessin, …  Les enfants évoluent dans un monde en changement et ils vont développer des capacités pour s’adapter à ce monde, du coup il me semble normal que l’écrit leur paraisse peu intéressant. A nous d’introduire ou réintroduire l’écrit dans nos vies et de valoriser son importance dans nos actes du quotidien !
  • Valoriser l’écrit utile. dans la continuité du point précédent, nous pouvons proposer à l’enfant d’écrire la liste de courses, une carte à un ami (ou faire de la correspondance), la recette avant de faire le gâteau, tenir un journal, …
  • Changer de pièce, de position, de moment, pour travailler. Cela rejoint un peu la première piste mais là il s’agit surtout de prendre conscience que certains cadres ne conviennent pas à nos enfants. Travailler le matin alors qu’il préfèrerait le soir ou l’après-midi, le rythme de chacun est différent et il évolue au fil des âges, à nous de tester ce qui convient le mieux. De plus, peut-être que l’enfant ne se sent pas à l’aise dans une grande pièce comme le salon et qu’il préfère la cuisine ou le confort de son lit. On peut aussi profiter du bain comme temps de travail. Depuis hier, nous travaillons en prenant notre petit-déjeuner et tout se passe très bien, c’est finalement très agréable et une fois le petit-déjeuner fini nous passons à autre chose.
  • Lâcher du leste sur la continuité des exercices. Lorsqu’on démarre un cahier d’exercices, je ne sais pas pourquoi, nous tenons beaucoup à ce que les exercices soient fait les uns après les autres, que la page soit réalisée entièrement avant de passer à la suivante. Au fond, je trouve cela un peu inutile. L’enfant prend ce qu’il a besoin de prendre et ce qu’il est prêt à prendre. Cela se passe beaucoup mieux depuis que je n’insiste plus sur ce point, je laisse Keyo choisir et faire ce qu’il veut plutôt que d’insister pour qu’il finisse la page ou fasse l’exercice 2 après l’exercice 1.
  • S’adapter aux capacités de l’enfant. Dans ce cas il y a deux nuances :
    • l’enfant a besoin d’être challengé sur certains sujets. Ce sont des sujets qu’il maitrise en grande partie et sur lesquelles il va aimer être testé : devinettes, calcul mental, jeu de rapidité, rallyes lecture, questionnaires…  L’enfant est devenu passionné par son sujet, le sens du mot « travail » est empli de positif et il va apprécier ces petits défis. On peut y intégrer quelques notions peu maitrisées mais qui concernent le sujet, cela aura surement pour effet d’attiser la curiosité de l’enfant. Je dis bien « quelques notions », le but n’est pas de placer l’enfant en situation d’échecs au risque de lui faire perdre toute passion pour le sujet. Chacun aime « gagner » et il ne devrait pas y avoir de connotation négative dans ce mot, d’autant plus à ces périodes de vie où l’enfant se construit et a besoin de grandir avec des images positives de lui-même et des autres.
    • l’enfant a besoin de s’exercer sur des choses qu’il connait avant de passer à autre chose. Ce n’est pas parce-qu’un enfant a appris quelque chose qu’il faut automatiquement passer à une leçon suivante, il a besoin de temps pour prendre confiance en lui. Lui proposer des exercices qu’il connait est valorisant et rassurant pour lui. Nous avons souvent tendance à vouloir remplir les petites têtes de nos enfants de plein d’informations sans leur laisser le temps de les digérer.
  • Jouer. Idriss Aberkane nous dit dans son livre « Libérez votre cerveau » : « Dans une nature qui ne fait pas de cadeau, où chaque erreur peut être mortelle, tous les mammifères jouent pour apprendre. Pour eux, jouer c’est plus que sérieux, c’est vital. » Enseigner avec le jeu est la meilleure façon d’apprendre car c’est celle qui convient le mieux à notre cerveau. Communément, nous pensons naturellement aux jeux de société, qui évidemment peuvent faire travailler la lecture (je pense à « Sans dessus dessous » par exemple dans lequel l’enfant doit tirer des cartes et trouver dans la maison des objets correspondant aux attributs de la carte : un objet qui commence par « C », qui est rouge, …), le calcul (les jeux Haba sont variés et excellents : la bande de voleurs, le monstre des maths, … rapprochez-vous d’une ludothèque si vous pouvez et testez-les !), la logique (les jeux de carte (même sur ordinateur : solitaire, …), les échecs), … ces jeux permettent aussi des moments mémorables en familles. On y associe l’amusement à l’amour et ça le cerveau adore ! De plus en plus de spécialistes, comme Peter Gray ou Matthew Peterson, démontrent également l’importance des jeux vidéos en termes d’apprentissage. « Jouer est sain, c’est une manière de promouvoir l’excellence en répétant une tâche jusqu’à la perfection, et c’est aussi une des raisons pour lesquelles on forme les pilotes au simulateur. C’est pour la même raison que les officiers s’entrainent aux wargames, que le football américain fut utilisé pour former les cadets à la stratégie, et que les chirurgiens qui jouent aux jeux vidéo d’action sont plus performants en chirurgie laparoscopique. » nous dit encore Idriss Aberkane.

Mais surtout : observons, observons, observons ! Oui observons nos enfants, ils sont nos guides. A la maison, ne cherchons pas des réponses chez les autres car elles se trouvent en nous. Brisons les schémas établis, ceux qui nous ont été dictés par les autres, comment nous devons apprendre, ce que nous devons apprendre et quand l’apprendre. L’école à la maison est la plus belle opportunité pour voler de nos propres ailes et créez nos propres règles.

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