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Il y a deux ans, je vivais une journée folle, une journée unique, une journée simple et pourtant si spéciale. Il y a deux ans, ma fille est née dans la chaleur de notre salon. Aujourd’hui, c’est son anniversaire et je me remémore avec beaucoup d’émotions cette journée magnifique dont je garde un souvenir merveilleux, le souvenir d’une évidence, d’une douceur sans fin, d’une guérison. Je choisis de partager l’aventure de mon accouchement à la maison ici même si j’ai beaucoup hésité avant cela, sûrement par pudeur, mais il me semble important de partager cet évènement spécial, pas comme les autres, en ces temps difficiles pour l’accouchement à domicile. Beaucoup de femmes aimeraient se réapproprier ou s’approprier leur accouchement, vivre l’enfantement de manière la plus naturelle, humaine et physiologique qui soit. Accoucher chez moi a été la plus belle expérience que j’ai pu vivre, certains ne comprennent pas qu’on puisse vivre quelque chose de douloureux comme beau. La vision de l’accouchement est très particulier dans nos sociétés modernes, c’est un heureux évènement entouré de mystères, tout le monde nous félicite et en même temps il y a quelque chose qu’on ne respecte pas. Le corps de la femme, la sensibilité du bébé, … je ne sais pas, il y a de nombreuses peurs, légitimement héritées depuis des générations, mais il y a aussi quelque chose vu comme sale dans l’accouchement qui provoque un certain dégoût chez certaines personnes (les « cris », la nudité, les flux corporels (les selles, le sang, les eaux, …). C’est toute une vision de plus en plus hygiéniste et angoissée qu’il faut donc dépasser.

Ne voyez pas dans mon article une apologie de la naissance à la maison, heureusement que les maternités sont là pour certains accouchements, je souhaite seulement vous raconter mon histoire et partager mon expérience avec celles que l’aventure tentent. C’est aussi une façon indirecte pour moi de soutenir toutes ces bonnes fées qui pratiquent encore l’accouchement à domicile malgré les obstacles.

J’ai mal vécu l’accouchement de mon ainé à l’hôpital alors, lorsque je suis tombée enceinte de ma fille, c’était très clair que je choisirais une maternité plus respectueuse de mon corps et de mon bébé. Je me suis inscrite très tôt à la maternité des Bluets à Paris afin d’avoir une place (il faut envoyer un mail dès qu’on a fait le test et qu’il se révèle positif). J’étais moins anxieuse, plus sûre de moi et puis j’ai commencé à faire face à des médecins, des gynécologues qui voient des femmes enceintes toute la journée et qui n’ont pas le temps pour discuter, j’ai commencé à avoir des doutes, même dans cette maternité. On me disait « tout dépend de l’équipe sur laquelle vous allez tomber ». Mais j’en ai un peu marre, globalement dans ma vie, de dépendre de l’humeur des autres, de la volonté, la méthode de travail, … des autres. C’est quand même moi qui accouche non ? C’est mon corps, mon bébé, mon accouchement, … et pourtant toujours cette impression de marcher sur des œufs, de devoir parler avec tact. Sur internet, je suis tombée sur plusieurs histoires comme celles que je suis entrain de vous raconter et je me suis souvenue de cette envie que j’ai toujours eu, d’accoucher chez moi. A 5 mois de grossesse, j’ai lu le livre de Maitie Trelaun « J’accouche bientôt et j’ai peur de la douleur« , ça a été le premier déclic. Parallèlement, j’ai suivi la sortie du film « Entre leurs mains » de Céline Darmayan (on peut le voir en DVD maintenant). Lorsqu’il fut diffusé près de chez moi, je n’ai pas hésité une minute à y aller. Après le film, une sage-femme présente dans le film était là, pour discuter. Ça a été mon deuxième déclic. J’étais sûre de moi. Mais j’avais peur qu’il soit trop tard, j’étais quasiment à 6 mois de grossesse, déjà inscrite dans une maternité, déjà suivie par un gynécologue. Bref, j’étais déjà dans un projet. Mais je ne voulais pas faire la même erreur que pour mon premier accouchement, j’ai décidé de bouleverser l’ordre établi. Je suis allée voir cette sage-femme, Sidonie, et je l’ai aimé dès le premier regard. J’ai su que c’était elle qui saurait m’accompagner jusqu’au jour J, et après. J’ai pris rendez-vous et Dov a ressenti exactement la même chose que moi : cette profonde confiance en l’autre, cette sensation qu’on était là où il fallait, « entre ses mains ».

J’attendais chaque rendez-vous avec impatience, on discutait pendant 1h, on se claquait la bise, on riait, elle m’appelait pour prendre de mes nouvelles. Le lien était fort. En même temps, elle allait me voir nue, accroupie dans mon salon, donc la barrière de l’intime… ^^ Être suivie par une sage-femme libérale qu’on veuille accoucher à la maison ou pas, je crois que c’est la meilleure décision à prendre lorsqu’on est enceinte. Cela n’a strictement rien à voir avec les rendez-vous que j’ai eu à l’hôpital, rapides et impersonnels. Je ne tape pas sur les sage-femmes qui exercent en maternité, ce n’est pas leur faute, à vrai dire je trouve leur situation révoltante, elles font plus de l’administratif que de l’humain ce qui est complètement à l’opposé de leur vocation initiale. Il y a eu ensuite les cours de préparation à l’accouchement de 3h chacun, en groupe, avec des femmes accouchant à la maison et d’autres pas, avec la possibilité pour les conjoints d’être présents. C’était des moments très importants et très pédagogiques dont la vocation principale était surtout de permettre à chaque femme de savoir ce qu’il se passait dans son corps et dans le corps de son bébé, et de choisir librement, en pleine conscience.

Revenons à notre 7 mars 2015. Je me souviens que le matin encore j’avais eu Sidonie au téléphone. La naissance de ma fille était prévue pour le 8 mars, mon fils était né avec 10 jours d’avance alors autant vous dire que je n’en pouvais plus d’attendre. Cela faisait une bonne semaine que j’étais sur le qui-vive. Première leçon : chaque grossesse est différente ! J’avais des angoisses qui montaient : peur de ne pas accoucher à la date prévue, d’être déclenchée, d’avoir un gros bébé, … Mais Sidonie était toujours là pour me rassurer. C’était donc un samedi matin, on a parlé. Ce jour là, Dov avait son dernier match de rugby de l’année, Sidonie était sûre que j’attendais inconsciemment la fin de la saison pour l’avoir avec moi. La suite de l’histoire allait révélée cette prédiction vraie ^^ J’étais un peu fatiguée, mon père emmena Keyo au match et ma sœur resta avec moi à la maison. Nous avons passé une belle après-midi à rigoler. J’avais mes contractions de grossesse, je les accueillais tranquillement comme je le faisais depuis une semaine. Aucune inquiétude pour moi, je n’ai pas ressenti que les contractions étaient différentes, j’étais juste très sereine. Enfin, autour de 19h, tout le monde rentre, on discute un peu puis mon père et ma sœur repartent en rigolant sur le fait qu’ils pourraient avoir à revenir dans la soirée pour récupérer Keyo. A 20h, je suis toujours tranquille, je dis à Dov que j’ai eu des contractions toute la journée mais pas douloureuses, toutefois je lui demande de coucher Keyo parce-que les contractions sont toujours là.

21h, on est allongé tous les deux dans notre lit, on parle et je commence à sentir que les contractions basculent peu à peu et deviennent plus fortes. Aucune inquiétude pour le moment mais en 30 minutes, les choses vont très vite s’accélérer. Dov rappelle ma sœur pour qu’elle vienne chercher Keyo qui venait à peine de s’endormir, il installe tout ce qu’il faut et moi je suis avec mon gros ballon rose dans le salon et des contractions qui arrivent toutes les deux minutes. J’entends ma sœur qui arrive vers 22h, elle prend Keyo dans les bras et rentre chez elle en métro. Je me souviens du court moment où elle fut là, elle s’est assise derrière moi et a passé sa main sur mon dos. A ce moment là, j’accueillais 3 contractions d’affilée sans pause entre chaque. Je me souviens que je regardais l’heure et je me disais « je vais pas supporter que ça dure comme ça jusqu’à 5h du matin ». J’imaginais que j’allais en avoir pour longtemps. Dans ma tête un accouchement dure de nombreuses heures et je n’avais pas envie de me faire de fausses joies en me disant que, parce-que c’était mon deuxième enfant, ça allait être beaucoup plus rapide. Après le départ de ma sœur, je remercie la vie d’avoir enfin mon homme que pour moi, complètement présent et non pas entrain de gérer les coups de fil pour appeler untel et untel. Il me porte, je me repose complètement sur lui, j’ai vraiment besoin de lui à ce moment-là. C’est mon pilier. Sidonie arrive très peu de temps après le départ de ma sœur, accompagnée d’une étudiante sage-femme que j’ai bien voulu accueillir pour cet évènement. J’avais demandé à Dov d’ouvrir très grand les fenêtres car j’avais super chaud alors que la sage-femme nous avait demandé de chauffer la pièce pour l’arrivée du bébé. Dov s’est fait disputer gentiment et il a vite refermer les fenêtres et brancher le chauffage d’appoint ^^. Ça m’a fait sourire même si je n’étais pas trop avec eux. J’étais concentrée sur moi et mon bébé. Je me souviens que je commençais à sentir cette envie de pousser. Et là, Sidonie a prononcé une phrase que je n’oublierai jamais : « Maeva quand tu pousses je vois la tête de ton bébé ! ». Cela m’a vraiment boosté, parce-que le moment difficile passé juste avant c’était en fait la phase de désespérance, cette phase tant redoutée durant laquelle beaucoup de femmes pensent qu’elles vont mourir, moi j’ai seulement dit à Dov « j’en peux plus, j’en peux plus ». Mais il était là, toujours réconfortant, avec ses bras chauds autour de moi. Je pouvais m’y déposer complètement. Petit à petit, je me suis mise à pousser plus longtemps jusqu’à ce que je sente que ça chauffe très fort. C’était la tête du bébé qui sortait. Sidonie m’a proposé de toucher sa tête mais je n’en avais pas envie. Ensuite, c’est tellement rapide que je ne m’en souviens plus très bien. Sidonie a du la récupérer et enlevé le cordon autour de son cou, puis elle l’a déposé entre mes jambes. Il était 23h07 et Oléia venait de naître. Mon Dieu, qu’elle était minuscule ! J’avais presque peur de la prendre, que dis-je, de la recueillir. Elle ne pleurait pas, elle avait déjà un peu les yeux ouverts. C’était magique. En l’espace d’une fraction de seconde, l’épreuve physique et mentale que l’on vient de vivre s’éclipse. On est là, déjà complètement amoureux, émus et souriants. Les cheveux en pagaille, le corps chaud, elle est contre moi. Je m’allonge sur le canapé, les contractions reprennent, c’est l’heure de la délivrance. Dernières sensations désagréables puis on nous laisse tous les trois, au calme, au chaud, avec la lumière tamisée, Oléia déjà au sein.

Sidonie a du regarder l’aspect du placenta et peser Oléia mais je ne sais plus trop dans quel ordre les choses se sont passées après, j’étais dans un grand bain d’ocytocines, je planais total ! A la maison, on a eu le choix de ne pas pratiquer des gestes agressifs et inutiles sur notre bébé, on a eu le choix de ne pas la mettre au bain tout de suite pour qu’elle soit propre (comme si elle était sale), ne pas la mesurer tout de suite pour ne pas l’étirer (comme si elle risquait de pousser d’un coup). On a pu la garder contre nous longtemps.

Au bout d’une bonne heure je crois, Dov prend Oléia contre lui et moi je vais me doucher dans ma douche (le bonheur) puis je vais me coucher dans mon lit (deuxième bonheur) avec Oléia sur moi et Dov à mes côtés. Il doit être 2h du matin quand Sidonie s’en va avec l’étudiante. Oléia dort, Dov la prend avec lui dans le salon pour me laisser quelques heures de repos. Je me souviens que je me suis réveillée vers 5h pour aller faire pipi (3ème bonheur car la sonde urinaire me pendait au nez…, ma pire crainte !). Dov avait les yeux grands ouverts sur sa fille, il n’avait pas fermé l’œil de la nuit, il la scrutait. Du coup, j’ai repris Oléia avec moi pour laisser Dov dormir. J’ai finis par me lever vers 8h, réveillée par le petit jour qui perçait à travers les rideaux. C’était tellement agréable de se retrouver tous les trois. On a mangé les céréales de Keyo dans un calme agréable, je ne sais plus si on a mis les dessins animés, on a regardé notre nouveau bébé complètement fasciné et on a attendu 12h que Keyo revienne pour lui présenter (4ème bonheur).

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C’était il y a deux ans déjà. Joyeux anniversaire Oléia, ma belle, ma douceur de fin d’hiver et merci pour ce beau moment. Je suis à jamais guéri de l’enfantement, je sais que mon corps est capable, que c’est mon pouvoir de femme de mettre au monde un enfant, que c’est ma volonté et non pas celles des autres qui est la plus importante, que moi je sais parce-que moi je sens… Je sens que je peux me faire confiance, que là est aussi le pouvoir féminin qu’on nous vole, le corps de la femme est quelque chose de sacré, entouré de mystères, mais au fond nous savons, il suffit de le respecter et non pas de le redouter ou de le souiller de gestes, de stress, de sondes. Après cette naissance, je n’ai pas vécu ce long et douloureux choc émotionnel qu’on appelle baby blues ou dépression post-partum, pour la simple et bonne raison que j’ai été respectée, tu as été respectée, nous avons été écouté, entouré là où nous nous sentions le mieux, chez nous. Depuis ce jour, tu illumines notre vie de bonheur et d’amour ! Je t’aime ma belle !

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2 commentaires sur « Il y a deux ans… Mon accouchement à la maison »

  1. Très bel accouchement, tout doux et évident ! Que d’amour et de bienveillance !
    Je ne pourrai jamais vivre un accouchement chez moi pour des raisons médicales mais je garde un excellent souvenir de mon expérience dans l’hôpital où j’ai accouché, une sage-femme et une aide-soignante seulement de temps en temps, mon mari qui ne s’est absenté qu’une fois (forcé par la sage-femme), la lumière tamisée, la musique et ma demoiselle qui a têté à peine sortie. J’ai eu de la chance de pouvoir être accompagnée médicalement sans être bousculée !

    A bientôt !

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