Je mets les pieds dans le plat : et la précocité alors ? Un point de vue sociologique

L’année dernière, une personne m’a soufflé l’idée que Keyo serait sûrement précoce, puis une deuxième personne, puis une troisième… J’ai tiqué sur le terme. Précoce ? Cela veut dire quoi ? Cela expliquerait donc son comportement hyper sensible ? Aussi adulte que bébé, extravertie qu’introvertie, concentré que distrait, calme que bouillonnant, sociable que solitaire ? Je ne voudrais heurter personne dans cet article car j’ai récemment pris position (même si quelques doutes peuvent subsister parfois car je crois en un système qui favorise les individualités et l’épanouissement… de tous les enfants). Après avoir réfléchi pendant plus d’un an là-dessus, après avoir failli faire un test chez un psy pour Keyo, après avoir lu et relu des articles de blogs traitant de cette question, après avoir suivi des forums, des groupes Facebook, après en avoir parlé, après avoir cru… je pense maintenant que la précocité, en tant que don génétique, n’existe pas. J’insiste sur le terme « don génétique » car je ne nie pas la diversité des facultés intellectuelles, qu’il y ait différents talents, des enfants avec beaucoup d’avance dans certains domaines, … Je crois que si la précocité existe, elle vient surtout d’ailleurs, et plus précisément de notre construction sociale. Ce que je refuse c’est l’idée de hiérarchiser les enfants, que certains seraient des cas désespérés, que l’école nivelle par le bas à cause de certains, etc. Quand je dis que je ne crois pas en la précocité, je veux surtout dire que je n’aime pas le terme en fait, car nous le verrons un peu plus bas, les précoces ont beaucoup de points communs.

Je pense qu’il y a à la base un environnement social différent d’un enfant à l’autre, que l’intelligence est une notion floue qui recouvre certains savoirs différents d’une époque à une autre et d’un pays à un autre, je crois qu’il y a plein de personnes douées, plein de personnes intelligentes, plein d’enfants différents et qui se ressemblent, je crois en la plasticité cérébrale, à l’étendue des émotions, j’aime la culture populaire, je pense qu’il y a une institution scolaire qui ne convient pas à tous les enfants, qui valorise certaines intelligences, je pense qu’il y a des parents investis de différentes façons dans l’éducation de leurs enfants, je pense qu’il y a une société où le savoir est de plus en plus accessible, que le niveau de culture augmente pour tout le monde, mais que certaines familles en sont plus dotées que d’autres, et avec cela des enfants de plus en plus ouverts, curieux et qui emmagasinent des informations de plus en plus jeunes. Je pense que tout cela produit des interrogations, je pense qu’on passe de plus en plus de temps avec nos enfants, qu’on les protège de plus en plus et que dans ce monde qui va mal, on place de plus en plus d’espérance en eux, comme des missionnaires de paix pour le futur.

Amis lecteurs, laissez-moi vous expliquer pourquoi j’y ai cru et pourquoi je n’y crois plus vraiment, ou plutôt que j’y crois mais autrement. Je sais qu’il y a parmi vous des parents d’enfants dits précoces. Offrons-nous l’opportunité d’en parler sans nous juger. Je crois qu’il y a d’autres façons d’aborder le sujet. Ce qui m’a intéressé dans la précocité, c’était de comprendre pourquoi elle me mettait si mal à l’aise. Pourquoi est-ce qu’à un moment j’ai pensé que Keyo était précoce et pourquoi, peu de temps après, j’ai préféré lâcher l’idée, ayant trop peur de le mettre dans une case et de l’étiqueter. Et s’il était juste lui ? Avec sa palette d’émotions, sa personnalité en construction, son âge ? Et si, j’essayais juste de trouver quelque chose pour me rassurer ? En disant qu’il est précoce, cela ne me permettrait-il pas simplement de mettre un mot sur quelque chose que je ne comprends pas, c’est-à-dire lui ? Cette enfance, cette fougue, cette impertinence ! N’est-elle pas une étiquette comme une autre ? Un moyen de se rassurer ? De dire « oui mais c’est parce-qu’il est précoce ».

Cela fait un an que je tangue d’un bout à l’autre : un coup, j’y crois, et l’autre coup, cela me met mal à l’aise. Un coup, on rencontre un problème et hop, je rattrape au vol cette précocité. Puis, le reste du temps, tout va bien, alors je n’y pense plus. Et puis, que signifie précocité ? Voici la définition du Larousse : « Caractère de ce qui est en avance sur le temps normal : La précocité de l’hiver. Développement prématuré d’une faculté intellectuelle ou d’une aptitude physique : Précocité de l’intelligence. » Je crois que c’est assez réducteur de simplement parler d’avance, quand d’autres parlent aussi de différences.

En y regardant d’un peu plus près, en consultant les sites, les blogs, les groupes Facebook, j’ai eu l’impression qu’il y avait deux écoles qui pouvaient se confondre : une précocité définit comme un don dans un ou plusieurs domaines et une précocité définit comme une « intelligence émotionnelle », à savoir une hypersensibilité. Mais plus ça va, plus j’ai du mal à saisir cette sensibilité exceptionnelle. C’est simple lorsque je lis les 6 profils de l’enfant précoce sur « Tribulations d’un petit zèbre », j’ai l’impression que n’importe qui peut s’y retrouver. Lorsque j’ai lu que nous étions 300 000 précoces en France mais que la plupart des gens ne le savaient pas, j’ai commencé à évaluer toutes les personnes autour de moi et à me demander si elles étaient précoces ou non : caractère un peu spécial, expert dans un domaine, en échec scolaire, curieux de tout, beaucoup de remises en questions, … Bref, un tas de traits de caractère qui pouvaient toucher n’importe qui dans mon entourage et qui me donnait pour chacun une raison de me dire qu’elle était peut-être précoce.

J’ai également appris que la précocité avait un caractère héréditaire… C’est marrant, j’ai tout de suite pensé à mon mari (aaaah c’est pour çaaaa ! Genre tout s’explique : pas fait pour l’école, il s’ennuyait peut-être…). Idée reçue ? Nous sommes de nombreuses mères à penser que la précocité de nos chérubins viennent de nos hommes. Pourquoi ? Ah ah, je laisse un peu de suspens, les réponses seront un peu plus bas…

Non, la manière courante de définir le surdouement, c’est en l’officialisant par un test de QI. Pour en être certain, il faut aller chez le psy et faire faire un test psychométrique à notre enfant qui doit se révéler supérieur à 130… (et un doute subsistera quand même si la réponse est négative, l’enfant peut avoir répondu n’importe quoi parce-que ça le faisait rire de jouer à plouf plouf…). 500 euros en moyenne, ça fait cher le label.

Allez remontons un peu au temps de Binet svp, il y a un peu plus d’un siècle.

Aux origines de l’intelligence

« L’intelligence, c’est ce que mesure mon test ! » lança Alfred Binet en 1905. Pour une définition précise, on reviendra ^^ Pour faire court, à la fin du 19ème siècle, dans le contexte de la naissance de l’école républicaine rendue gratuite et obligatoire pour tous, on demanda au psychologue Alfred Binet et au médecin Théodore Simon de concevoir un moyen de repérer les « enfants anormaux » (ceux qui n’arrivaient pas à suivre l’enseignement) à l’école.

Pour décrire leur invention, « l’échelle métrique de l’intelligence », Binet nous dit : « L’idée directrice de cette mesure a été la suivante : imaginer un grand nombre d’épreuves, à la fois rapides et précises et présentant une difficulté croissante ; essayer ces épreuves sur un grand nombre d’enfants d’âge différent ; noter les résultats ; chercher quelles sont les épreuves qui réussissent pour un âge donné et que les enfants plus jeunes, ne serait-ce que d’un an, sont incapables en moyenne de réussir ; constituer ainsi une échelle métrique de l’intelligence qui permet de déterminer si un sujet donné a l’intelligence de son âge, ou bien est en retard ou en avance, et à combien de mois ou d’années se monte ce retard ou cette avance. » Donc, pour résumer, certaines épreuves correspondent à un âge et leur réussite déterminera l’âge intellectuel de l’enfant. La première façon de définir l’intelligence a donc été par la comparaison, la hiérarchie.

Arrive peu de temps après, le plus répandu et le plus connu des tests : celui du QI développé d’abord par William Stern en 1912, qui, comme son nom l’indique, est un Quotient Intellectuel, soit une mesure chiffrée de l’intelligence. On arrive à ce qui nous intéresse, à savoir sur quel raisonnement se fonde cette mesure de l’intelligence par les tests de QI ? Qu’est-ce que leurs inventeurs cherchaient à démontrer en quantifiant l’intelligence ?

Une intelligence VS plusieurs intelligences

D’abord, les inventeurs pensaient que l’intelligence formait un tout, une unité. Aujourd’hui, cette thèse a été rejetée. On conçoit l’intelligence comme pluridimensionnelles. Robert Sternberg, psychologue américain, a proposé une théorie triarchique de l’intelligence :

  • l’intelligence analytique, abstraite et déductive caractérise par la capacité à accomplir des tâches scolaires de résolution de problème, telles que celles utilisées dans les test de QI. Ces types de tâches présentent des problèmes bien définis qui ont une seule réponse correcte ;
  • l’ntelligence créatrive, mettant en œuvre l’imagination, l’invention et la capacité à s’adapter à des situations nouvelles. Les individus possédant une grande intelligence créative peuvent donner de « fausses » réponses parce qu’ils voient les choses d’une façon différente (Wikipedia);
  • l’intelligence pratique, permettant une bonne adaptation au contexte par des connaissances existantes qui, contrairement aux connaissances formelles apprises essentiellement à l’école, sont acquises de manière implicite et informelle, par la pratique. L’individu comprend ce qu’il est nécessaire de faire dans une situation donnée et, alors, il le fait.

Par ailleurs, en 1983, Howard Gardner a théorisé son concept d’intelligences multiples. L’individu n’a plus une seule forme d’intelligence, ni 3 formes mais 8, susceptibles de fonctionner indépendamment mais qui peuvent interagir entre elles : verbale/linguistique, logique/mathématique, visuelle/spatiale, musicale/rythmique, corporelle/kinesthésique, intrapersonnelle (capacité à se comprendre soi-même), interpersonnelle (capacité à comprendre autrui), naturaliste.

Ces différentes formes d’intelligence sont pour la plupart inaccessibles aux tests psychométriques classiques, qui ne mesurent que la forme logico-mathématique et langagière de l’intelligence (analytique), deux formes d’intelligence valorisées par le système scolaire français, ce qui expliquerait, assez logiquement, que l’on trouve de fortes corrélations entre le QI et le niveau scolaire.

L’intelligence est-elle héréditaire ?

Le problème avec l’hérédité c’est quand on réduit l’intelligence à un gêne, à une cause naturelle. Ce qui m’a d’autant plus mis mal à l’aise c’est que des héréditaristes ont développé des thèses sur des postulats racistes (l’homme blanc est plus intelligent que l’homme noir : The Bell Curve, de Herrnstein et Murray paru en 1994 aux Etats-Unis ; arguments pour les nazis, protecteurs de la race aryenne, inspirés de Francis Galton). Mais également des thèses misogynes.

Les auteurs de The Bell Curve ou encore le psychologue Arthur Jensen avançaient l’idée d’une cause raciale dans la différence d’intelligence. En gros, les populations noires et pauvres sont vouées à échouer scolairement vu que c’est dans leurs gênes. Politiques publiques et initiatives pédagogiques visant à réduire les écarts de niveau d’acquisition ne serviraient à rien.

De la même manière, on a pensé jusqu’à très récemment que le cerveau avait un sexe…

A l’opposé, il y a ceux qui pensent qu’il y a hérédité sociale et culturelle. Ce ce qui se joue c’est le milieu dans lequel naît l’enfant (voire même est conçu, je pense qu’il faudrait remonter à la gestation) qui va freiner ou accélérer le développement de certaines intelligences que l’institution scolaire prétend transmettre. Je me souviens encore d’une phrase de Céline Alvarez qui disait à quelques mots près : « Je me suis rendue compte que les enfants tenaient leurs apprentissages de chez eux. » Dans cette perspective, il faudrait donc opérer des changements dans le milieu scolaire, familial ou public.

Et puis, il y a une troisième façon de voir les choses, en sortant du prisme héréditariste, qu’il soit génétique ou social, le problème étant lié à ce que valorise l’école et la société. Or, on l’a vu, il y a de multiples intelligences qui devraient toutes être valorisées à égalité.

Ce que les avancées en neurosciences montrent c’est que le « gêne de l’intelligence » n’existe pas et que le cerveau est bien plus complexe que cela. Il y a des milliards de neurones et de connexions entre ces neurones qui ont quasiment tous la capacité d’apprendre, le cerveau étant capable de remodeler ses connexions (on parle de plasticité cérébrale) au fur et à mesure des expériences vécues et de l’évolution de l’environnement. Alors, même si le développement intellectuel a une base biologique (le cerveau), l’environnement agit sur l’organisme tout au long de la vie.

J’ai lu sur un blog : « On naît surdoué, on ne le devient pas. » C’est complètement nié l’influence du milieu dans lequel grandit l’enfant, nié même ce que nous disent les neurosciences. C’est conservé une opposition facteurs génétiques vs. facteurs sociologiques, et « dans la mesure où l’intelligence est un processus d’interaction entre l’organisme et son environnement » je vois mal comment la précocité peut seulement se résumer à une aptitude naturelle. Car nous le verrons plus bas, si c’est le cas, la nature semble favoriser les personnes de milieux identiques alors…

La précocité et l’école

Ce qu’il faut savoir c’est que nous ne sommes pas tous égaux face à l’école. Il y a 50 ans, deux sociologues, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, ont montré que l’école reproduisait les systèmes de classe sociale. Comment est-ce possible alors que le savoir proposé est le même pour tous ? Il y a plusieurs raisons qui expliquent cela mais une des principales est que l’école de la République Française a une culture de l’écrit très fort. La lecture et l’écriture sont nécessaires très tôt dans les apprentissages et les enfants n’ont pas les mêmes familles. Il y a des familles qui ont fait de plus longues études que d’autres, qui ont des revenus plus importants que d’autres, qui ont une façon d’éduquer leurs enfants qui les prépare mieux à l’école que d’autres, … Parler français, être capable d’aider ses enfants à faire leur devoir, avoir des capacités financières qui lèvent toute contrainte en ce qui concerne l’avenir ou qui permettent de payer des cours particuliers par exemple, avoir une chambre et un bureau au calme, être issu d’une famille aux ambitions scolaires importantes, oser consulter les enseignants en cas de besoin, … Bref, toutes ces attitudes ne concernent pas toutes les familles et engendrent une inégalité entre les élèves.

Autre paramètre très important : ce qu’on appelle le « capital culturel » de la famille. La façon de s’exprimer donne déjà une base de vocabulaire riche et varié, et plus on a une culture importante plus on manie la langue de Molière avec brio. Chacun sait combien la façon de parler est importante… Et puis emmener ses enfants au théâtre, à l’opéra, leur lire des histoires le soir, les emmener à la bibliothèque, ouvrir leur champs culturel des possibles. Toutes les familles ne sont pas pareils. Attention, je ne dis pas que c’est mal, au contraire c’est génial. J’adore aller au musée par exemple, faire plein d’activités, mais aucun hasard là-dedans, mes parents sont profs et ont toujours cultivé le fait de faire des activités avec nous. Si on pense que certains enfants sont plus intelligents que d’autres, c’est surtout qu’ils sont plus stimulés intellectuellement. Alors je sais ce qu’on va dire. Précoce ne signifie pas spécialement être un génie. Je sais, j’ai pensé à la précocité pour mon fils pourtant il ne savait pas lire à 3 ans, cela concernait plutôt son caractère, son hypersensibilité. Alors j’ai encore du mal à discerner ce que chacun met dans précocité. Malgré tout, il y a la perception d’un enfant différent, avec une intelligence en avance ou différente. Un être qui absorbe tout, qui fait preuve d’une concentration extrême, qui ressemble à un petit adulte mais dans un corps et avec les émotions d’un enfant.

Finalement, je me demande s’il n’y a pas deux choses qui mettent en exergue la précocité : le fonctionnement de l’école d’un côté qui serait inadapté à l’ensemble des profils et qui « favorisent les favorisés » et, du côté des familles, une volonté (tout à fait légitime) de réussite pour son enfant liée à la peur de l’échec scolaire.

Posons le cas d’un enfant qui rencontre des problèmes dans la classe (de comportement, dans le travail…). Dans un premier cas, cet enfant est celui d’une famille ayant des bas revenus, et les parents ont fait peu d’études. L’enfant sera assez rapidement catalogué comme chahuteur, mauvais élève, regardant beaucoup la télévision à la maison, dont les parents s’occupent peu… Les parents ont plus de chance d’être sermonné, jugé, on va traiter les choses en critiquant l’éducation de l’enfant. Dans un second cas, c’est l’enfant d’une famille avec des bons revenus, dont les parents ont fait de longues études. Le regard ne sera pas le même. Nous sommes des êtres partiaux, subjectifs et même avec la meilleure volonté du monde, des choses sont inscrites en nous, on a grandit avec. Ces parents se poseront des questions sur l’école. La critique ne sera pas la même, ce sera l’école, le professeur qui ne sera pas adapté, ou l’enfant qui s’ennuie. On pensera beaucoup plus à la précocité.

Alors évidemment, je fais des généralités, je caricature un peu mais c’est pour essayer de montrer qu’en fonction d’où l’on vient, qui on est, il y aura des inégalités de parcours du fait de notre environnement de départ. L’école ne va pas corriger le tire, il va le reproduire en lien avec les familles. Naître dans une famille au fort capital culturel stimulera plus tôt l’intelligence des enfants, et souvent l’intelligence qui colle à l’école.

Je me demande si le problème ne vient pas assez rapidement dans nos vies. L’école représente un passage obligé et transforme les enfants en élèves. Il y a des résistances à l’élève idéal, les enfants peuvent ne pas vouloir se conformer : des résistances volontaires (on transgresse les règles explicites et/ou implicites) et des résistances naturelles (on peut se poser la question de la capacité inégale des personnes à se conformer à ce qui est attendu d’eux – en fonction de leur environnement familial, leur éducation, leur caractère…). C’est même comme cela qu’est définit l’intelligence dans Le Larousse : « Aptitude d’un être humain à s’adapter à une situation, à choisir des moyens d’action en fonction des circonstances. »

Il y a des enfants plus dociles, il y a des enfants plus sociables, curieux, qui vont facilement vers les autres, qui ont intégré les codes de la socialisation rapidement. Ceux-là sont aimés par l’école et par les gens en général (qui sont allés à l’école), ils représentent l’élève/l’enfant idéal. Et puis il y a les autres. Et pour eux, on cherche une explication. Chez Keyo, son côté extravertie plait à l’institution scolaire mais son manque de docilité, de concentration est une catastrophe !

Et malgré le fait qu’on fasse l’instruction en famille, bien qu’on regarde l’école de loin, on reste surveillé par l’institution scolaire ce qui engendre chez nous le besoin de calquer certaines choses : on reste attentif aux programmes, aux attendus de fin de cycle, on valorise les activités culturelles, le savoir chez nos enfants, leur capacité d’apprentissage, de concentration, etc, dont ils n’arrivaient pas à faire preuve à l’école. On peut aussi vouloir valoriser leurs différences. Les familles IEF sont nombreuses à comparer les enfants qui vont à l’école avec les enfants qui n’y vont pas ou comparer l’avant/après suite à une déscolarisation. On fait de notre marginalité un point fort. On le revendique pour parer les attaques des personnes qui ne croient pas en nous, on trouve des justifications. Dans cette idée, on peut même avancer le fait que notre enfant présente des troubles de l’apprentissage, souvent du au stress scolaire. Cela confirme qu’il est inadapté au système, c’est un argument supplémentaire.

Mais qui sont les précoces ?

Pour cette partie, je tire, entre autres, mes informations de cet article. Voici ce que nous dit Wilfried Lignier, l’auteur : « Théoriquement, il implique qu’on se déporte d’une question connexe (…) (à savoir : la précocité intellectuelle est-elle naturelle ou « socialement construite » ? (ndlr : ce dont on vient de parler)), au profit d’une question, certes modeste, mais dont le réalisme autorise une certaine ambition sociologique : il s’agit de savoir dans quel contexte, c’est-à-dire dans quelles conditions économiques, culturelles, morales ou stratégiques, la précocité intellectuelle prend de fait une certaine consistance sociale qui fait qu’on en parle sérieusement, qu’on s’enquiert, qu’on s’inquiète de ses conséquences, et surtout qu’elle vaut comme qualification pertinente de la personnalité d’un enfant. »

Des garçons…

Dans l’étude menée par Wilfried Lignier, le chiffre est assez incroyable : 74% des enfants précoces sont des garçons. Ils sont majoritaires dans toutes les classes sociales. Pourquoi ? Les garçons seraient-ils davantage enclin à la précocité ? J’ai deux hypothèses sur le sujet.

D’une part, il y a le sexisme ordinaire dans le concept même d’intelligence dont les racines remontent à, à, à…. très longtemps ^^ : les garçons allaient à l’école bien avant les filles. En 1800, les filles avaient même un niveau scolaire d’un siècle de retard sur les garçons. Et en dézoomant un peu de notre pays, dans le monde entier, les filles restent très majoritaires à ne pas aller à l’école.

Lors de la création de l’école Républicaine, Jules Ferry écrivait : « L’école primaire peut et doit faire aux exercices du corps une part suffisante pour préparer et prédisposer en quelque sorte les garçons aux futurs travaux de l’ouvrier et du soldat, les filles aux soins du ménage et aux ouvrages de femme. » La pensée et la politique républicaine d’alors ne remettait pas en cause la condition de la femme, elle continuait à les assigner à la vie domestique. Les écoles non mixtes délivraient des cours différents entre les filles et les garçons (et cela jusque dans les années 50 à 70 – 1976 étant l’année où la mixité est devenue obligatoire à l’école) : enseignement du grec, latin, philosophie pour les garçons (disciplines nobles à l’époque) et enseignement artistique, travaux d’aiguille, économie domestique pour les filles.

Il y a donc un héritage historique assez proche qui continue à assigner les femmes à un rôle particulier. On cherche moins à les élever (au sens hisser) puisque leur nature les amènera là où elles devront être contrairement aux garçons, qui eux doivent se préparer à vendre leur force de travail. Les filles sont naturellement plus douces, plus à l’écoute,… il y a quelque chose en elles naturellement fait pour s’occuper de certaines tâches. Colette Guillaumin donne un exemple assez parlant dans l’expression courante de l’intelligence : pour les femmes on parle d’intuition tandis que pour les hommes on va parler de déduction.

« Dans le domaine de l’intelligence il en va de même : leur intelligence «spécifique» est une intelligence de chose. Censées être éloignées naturellement de la spéculation intellectuelle, elles ne sont pas créatrices de la cervelle, et pas davantage on ne leur reconnaît de sens déductif, de logique. Considérées même comme l’incarnation de l’illogisme, elles peuvent se débrouiller, à la rigueur ; mais pour arriver à ce résultat elles collent au réel pratique, leur esprit n’a-pas-l’élan-ou -la-puissance- nécessaire -pour-s’arracher-au -monde -concret, au monde des choses matérielles auquel les attache une affinité de chose à chose ! En tous cas leur intelligence est censée être prise dans le monde des choses et opératoire dans ce seul domaine, bref elles auraient une intelligence «pratique». »

Wilfried Lignier relève également les nombreux stéréotypes de genre dans les ouvrages sur la précocité ou dans les productions associatives à destination des familles, il y aurait un « comportement masculin » liée à la précocité : agitation, problèmes de concentration et d’application, impertinence, …

On en arrive à ma deuxième hypothèse. Celle liée au tempérament et au fait que les filles aient rattrapé les garçons à l’école. 1971 étant l’année où les filles rattrapent les garçons en terme d’accès au bac. Et comme le hasard fait bien les choses, c’est également l’année de création de l’Association Nationale Pour les Enfants Surdoués (ANPES), à Nice, à l’initiative d’un jeune psychologue libéral niçois, Jean-Charles Terrassier. Cet article, écrit également par Wilfried Lignier, explique assez bien les débuts et le développement du surdouement en France.

La question que je me pose, un peu polémique évidemment, c’est si « l’invention des surdoués » n’était pas une façon efficace de justifier et conserver une certaine domination de la part des classes dominantes ? Qui, pour rappel et pour résumer, est l’homme blanc de classe aisée.

Selon un sociologue, Georges Felouzis, les performances scolaires meilleures des filles seraient paradoxalement une conséquence de la domination masculine. Ce qu’il nous dit, c’est que les qualités qui sont traditionnellement perçues et valorisées comme « féminines » (à savoir la passivité, l’obéissance, la docilité, etc.) – et donc auxquelles les petites filles sont censées se conformer – seraient précisément ce qui permettraient aux jeunes filles de mieux réussir à l’Ecole. En somme c’est parce qu’on apprendrait davantage aux jeunes filles à se montrer docile et appliquée dans leurs premières années, qu’elles développeraient plus tard ce qu’il appelle une « bonne volonté scolaire ». De nombreuses enquêtes montrent qu’elles consacrent plus de temps à leurs devoirs, qu’elles lisent davantage, mais aussi qu’elles sont plus souvent contentes de se rendre à l’école et qu’elles apprécient davantage leurs enseignants. Donc généralement, elles sont donc mieux disposées que les garçons à l’égard de l’Ecole.

A contrario, les garçons sont plus souvent (je fais des généralités, ne m’en veuillez pas) perturbateurs, impertinents, … Du coup, ça me fait tiquer sur le terme précoce qui se veut aussi une explication de comportements incompris, anormaux. Pour cela, je reprends encore un passage de ce blog, qui emploie le mot zèbre : « … Ce n’est pas un petit mot doux, c’est juste le nom donné par Jeanne Siaud-Facchin, psychologue, aux enfants surdoués. Ça y est le grand mot est lâché… Un zèbre est un animal difficile à domestiquer. Un zèbre ressemble beaucoup à son cousin le cheval, mais au milieu d’un troupeau équin, il se remarque pas mal avec son pyjama à rayures. Les clichés et les tabous sont légion en ce qui concerne les petits surdoués et l’ignorance et les remarques font souffrir parents et enfants. Chaque enfant est différent de son voisin et c’est pareil pour les zèbres dont aucun n’a exactement les mêmes rayures que son congénère. Pourtant, ils ont beaucoup de points communs … »

Comme on le voit depuis la création de l’ANPES, il y a une volonté de susciter l’adhésion d’un public à une idée. Et comme cela revient très régulièrement dans les discussions sur la précocité, il y a une idée qui se cherche un nom qui convienne dans l’espace public. Les linguistes disent qu’on pense avec les mots, ils sont donc très importants à choisir. Surdoué a été abandonné au profit de précoce, précoce convient de moins en moins, on lui préfère actuellement Haut Potentiel. J’ai même vu le mot APIE (Atypique Personne dans l’Intelligence et l’Emotion) qui permettrait de mieux intégrer la singularité émotionnelle.

… De familles au fort capital culturel

« Dans quel contexte, c’est-à-dire dans quelles conditions économiques, culturelles, morales ou stratégiques, la précocité intellectuelle prend de fait une certaine consistance sociale qui fait qu’on en parle sérieusement, qu’on s’enquiert, qu’on s’inquiète de ses conséquences, et surtout qu’elle vaut comme qualification pertinente de la personnalité d’un enfant ? »

C’est la question posée par Wilfried Lignier dans son article où l’on constate que près de trois quarts des enfants enquêtés ont un parent exerçant une profession supérieure. Et seul 3% d’ouvriers et 4% d’employés, alors qu’ils représentent la moitié des métiers sur la population totale française. Là encore, on peut se demander pourquoi est-ce que la plupart des enfants précoces ont au moins un parent qui exerce une profession supérieur ? Y aurait-il un gêne de l’intelligence davantage présent chez les classes supérieures qui les prédisposerait à la réussite scolaire, et un handicap génétique chez les enfants d’ouvriers qui les prédisposeraient à l’échec ?

En y regardant de plus près, ce n’est pas le niveau de revenu qui a une influence sur la précocité, mais plutôt le niveau d’étude. Mais si ces deux données vont souvent de pair, ce que nous dit Wilfried Lignier, c’est que c’est le niveau d’étude qui caractérise davantage le niveau de culture. « Compte tenu de l’importance de la surreprésentation, pour les pères comme pour les mères, des forts niveaux de diplôme, on peut dire qu’il est très improbable d’être un enfant précoce si l’on n’a pas un père ou une mère possédant un titre scolaire au moins équivalent à Bac+2. »

La sélection sociale de la précocité intervient avant la confrontation des enfants au psychologue. Pour devenir « précoce », il faut qu’un enfant ait accès au test, accès au psychologue : « La psychométrie est toujours, quelle que soit sa forme spécifique, un instrument d’évaluation socialement sélectif  ; et surtout, en pratique, faire tester un enfant implique le plus souvent, faute d’une offre publique (et gratuite) conséquente, de se rendre (et donc, d’être économiquement, culturellement disposé à se rendre) chez un psychologue libéral. »

L’investissement des familles dans l’école reste quelque chose de très récent et retrouvé principalement dans les milieux favorisés.  Les milieux populaires ont tendance à confier « aveuglément » l’instruction de leurs enfants au système scolaire tandis que les parents ayant un capital culturel important font profiter à leurs enfants d’apprentissages sur des temps hors scolaire. Il peut s’agir d’une culture non palpable, très complexe à percevoir, c’est-à-dire une attitude, une manière de faire et d’être avec son enfant. Mais aussi, une présence un investissement en jeux, en activités, en aide aux devoirs, en lecture, en visites, … qui va renforcer les apprentissages scolaires.

Aujourd’hui l’école ne prend pas du tout en compte cette différence culturelle, elle continue à fermer les yeux sur cette inégalité, car à mon humble avis ce n’est pas aux familles de changer mais à l’école de renouveler sa pédagogie et de porter son rôle revendiqué d’instruction. On a bien vu avec l’expérience à Gennevilliers de Céline Alvarez que l’égalité à l’école c’est possible.

Dans les pays nordiques, les écoles privées sont interdites. Lorsque j’ai appris cela, j’ai d’abord été choquée, ça représentait une privation de liberté à mon sens. Mais une fois que j’ai compris pourquoi, j’ai trouvé cela logique. Sans porte de sortie pour les classes qui ont de l’influence, toute l’énergie à transformer et améliorer l’école a été mise dans le public. En France, on observe que cette énergie est davantage axée sur le développement des écoles hors contrat. Ce qui est dommage car c’est une majorité de famille qui en pâtit, les enfants et donc notre avenir commun.

Si on « nait précoce et qu’on ne le devient pas » comme je l’ai lu sur le blog, la nature semble donc en favoriser tout de même certains plus que d’autres. Et je ne vois pas de gros mot là-dedans. J’ai l’impression qu’il y a un malaise chez les gens favorisés. Moi je me sens favorisée, bon on ne gagne pas beaucoup plus que le SMIC mais j’ai la possibilité de reprendre mes études, faire l’instruction en famille, on a un bel appartement, on vit dans une magnifique région, on a pris des vacances pour Noël, on mange à notre faim… J’ai récemment vu une photo passé sur Facebook qui disait : « Si tu as de la bouffe dans ton frigo, des vêtements dans ton placard, un toit au-dessus de ta tête, un lit pour dormir, tu es plus riche que les 75% du monde. Si tu as des sous en banque, dans le portefeuille et aussi quelques monnaies tu te trouves dans les 8% plus riches au monde. Si le matin tu t’es réveillé plus en santé qu’en maladie tu as plus de chance que 1 million de personnes qui ne survivront pas à la semaine. Si tu n’as jamais expérimenté le danger d’une bataille, l’agonie de la prison, la torture et la douleur de la faim, tu es plus chanceux que 500 millions de personnes qui doivent le vivre. Si tu es entrain de lire tout ça, tu as le privilège qui manque aux 3 millions de personnes dans le monde qui ne savent pas lire. » Dans les pays développés, on a une sacré propension à être éternellement insatisfait. Il nous en faut toujours plus, toujours mieux, toujours plus haut. En fait, nous sommes des ogres, perpétuellement insatisfaits, à l’appétit vorace. Voyez la situation de notre planète, n’est-elle pas la conséquence de cette nature humaine pervertie par l’envie d’amasser toujours plus de fric ? Je ne jette la pierre à personne, je me parle à moi aussi également.

Pour conclure…

Si vous êtes arrivés jusque-là, vous avez été courageux, merci ! Je ne sais toujours pas vraiment que ce signifie être intelligent… et peut-être que vous non plus. Dans l’invention de Binet et Simon, le test avait vraisemblablement vocation à aider les enfants en difficulté en leur proposant un niveau d’enseignement plus adapté à leur âge intellectuel, ce qui est quand même assez bizarre je trouve. Mais bon, partons du principe qu’on était dans les débuts de l’école institutionnalisée et que ça partait d’un bon sentiment, que l’objectif était justement d’améliorer le système scolaire. Malgré tout, 100 ans plus tard, le problème est toujours le même, l’école propose un cadre d’enseignement strict auquel les enfants doivent s’adapter. Et non le contraire. Des niveaux bien définis, des cours imposés, des horaires, des matières sélectionnées… Il manque l’ouverture aux différentes intelligences, une plus grande flexibilité, des classes d’âge avec plus d’amplitude, … Afin de casser petit à petit le mythe de l’élève/l’enfant idéal et de coller des étiquettes valorisantes/dévalorisantes.

Il y a 100 ans, parler le latin était très prééminent. Aujourd’hui, c’est au tour des mathématiques. Alors, on pourrait dire que l’intelligence c’est d’abord ce qu’une société reconnaît comme intelligent, c’est la conséquence d’un jugement social, puisqu’elle ne vaut que tant qu’elle est reconnue par d’autres.

Aujourd’hui, le QI crée des mythes, des légendes. Vous avez entendu parler de cet enfant chinois, au QI de 220, recruté à 9 ans par la NASA ? Quelle vie ! Mais sur les forums de discussion de « grands zèbres », je lis aussi des adolescents, des adultes qui souffrent de cette étiquette qu’on leur a collé petit. Ils tournent en rond dans tout ce que le test de QI a défini comme étant leur personnalité. C’est comme s’ils n’avaient pas choisi d’être eux et qu’on a justifié chacun de leur fait et geste par de la précocité. C’est en partie ce qui m’a décidé à lâcher l’affaire avec cette histoire pour Keyo… Alors évidemment, cela ne concerne pas que les précoces. J’ai récemment écrit un article sur les étiquettes, je crois qu’on grandit tous avec une personnalité qui nous colle à la peau et dont on aimerait s’affranchir parfois. Mais, il me semble, qu’un test de QI renforce cela… J’ai aussi entendu des adultes dire qu’ils avaient appris sur le tard qu’ils étaient précoces et que ça leur avait permis de comprendre des choses… Alors, c’est peut-être cela qui me laisse des doutes. Peut-être qu’il faut laisser les enfants faire leur chemin. C’est sûrement plus facile quand on ne dépend pas de l’école.

Bon, je voudrais rassurer toutes les personnes qui me lisent et qui ne sont pas précoces. J’en connais qui lisent très bien à 4 ans mais qui se font botter les fesses à Mario Kart. Peut-être que dans 100 ans, les jeux vidéos seront plus valorisés que la lecture… ? ^^

Et pour les précoces qui me lisent, j’espère que vous ne vous êtes pas senti jugés, je voulais amener un autre point de vue… Le débat est ouvert :D

15 Replies to “Je mets les pieds dans le plat : et la précocité alors ? Un point de vue sociologique”

  1. Quel intéressant article !!!! Et c’est vraiment une réflexion que j’ai souvent (Isaac est-il précoce, est-ce juste un mot que je mets face à cette sensibilité à fleur de peau que je ne comprends pas toujours… Suis je precoce, si oui ça me rassurerait, ça repondrait à mon incapacité à trouver ma place dans notre société…). Bref, souvent comme toi je pense que ce sont des étiquettes, des produits de notre société plus qu’une réalité. Et j’irai même plus loin (pas taper hein) pourquoi les seuls enfants intolérants au gluten que je connais ne sont issus que des couches supérieures de la société (attention je ne parle pas ici de la maladie de celiac)? Qu’est ce qui est réel et qu’est ce qui est le produit de notre milieu ? Merci vraiment pour ce bel article et tout ce grain a moudre !

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  2. Bonjour Maeva, ton blog est très réussi !
    Je n’ai, je l’avoue, pas lu ton article dans son intégralité :-) Je suis arrivée sur ton blog car je m’interroge sur la « précocité » de mon enfant et je voulais voir comment d’autres parents gèrent la question.
    Pour peut-être ajouter de l’eau à ton moulin, je pense que la question de la « précocité » est davantage un problème de paires que d’intelligence. Etre précoce, nous différencie (de façon plus ou moins marquée selon les cas) des autres enfants ou adultes et alors le sentiment d’étrangeté peut dominer et déconcerter.
    Je suis d’accord avec toi et l’idée que l’école renforce la différence, et par conséquent le besoin de comprendre d’où elle vient et la dépendance à « l’étiquette ».

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  3. Bonjour Myriam, je ne comprends pas quand tu dis que c’est un problème de paire, qu’entends-tu par là ? Je crois qu’on se rejoint sur plusieurs points et je te remercie pour ton compliment sur mon blog. La précocité c’est un thème un peu spécial, je te rejoints sur le fait que les enfants se sentent différents des autres, mais je me demande si ce n’est pas aussi cultivé par notre société où les enfants sont mis très tôt en situation de compétition plutôt que dans des relations coopératives. Je me demande aussi si la précocité n’est pas une « excuse » aux craintes que nous avons pour nos enfants de ne pas se sentir bien, de ne pas être heureux, entouré, de ne pas réussir. C’est mon sentiment construit aussi sur ce que je vis avec mon ainé à la maison que l’on pourrait considérer comme précoce ;)

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  4. Bonjour Maeva, merci pour ton intérêt. Il est vrai que je n’avais pas trop développé mon propos. J’avais vu que tu ne répondais pas forcément aux commentaires alors… je ne voulais pas insister.

    Par paires, j’entendais reconnaissance, sentiment de ne pas être seul. Il me semble que c’est important pour le développement de l’enfant (et pour l’adulte aussi !). Je crois pour ma part à l’existence de la douance, j’ai lu des études neuro-scientifiques qui montrent des différences sur le fonctionnement du cerveau et sur sa morphologie qui permettent de distinguer les personnes à haut potentiel des autres. Cela m’a convaincue et m’a sortie du raisonnement sociologique. Je pars donc de ce principe : la douance existe, et c’est une différence sensible.

    Ainsi, je disais : un enfant précoce aura du mal à trouver autour de lui des figures qui lui permettront de se construire. Je pense à moi en disant cela : j’ai l’impression que personne n’a mon âge. Par exemple. Dès que je me « montre » un petit peu, j’entends systématiquement : « Oh la vache ! Mais je crois que tu as 20 ans de plus que moi ! », de la part de personne qui ont 10 ou 15 ans d’expérience de plus… Vois-tu où je veux en venir ?
    Je pense à l’enfant qui se préoccupe actuellement de l’histoire de l’homme, des dinosaures, de l’évolution du vivant… ou qui essaie de connaître tous les lieux de la Terre… bref : ce n’est pas auprès des enfants de son âge qu’il pourra construire ça. Il est obligé de se tourner vers des adultes et qui plus est : des adultes cultivés. Et pourtant, il a besoin d’être avec des enfants, de ne pas se mesurer perpétuellement aux adultes dans ses jeux. Vers qui peut-il aller ? L’école ne l’aide qu’à moitié dans cette tache. Elle lui présente des enfants (il en est ravi) mais il sent bien que l’entente mutuelle est difficile à mettre en place. La rencontre avec les enfants, avec l’ambiance normalisante de l’école, met en avant ses différences.

    Je pense que je rejoints tes propos en disant que dans une société plus accessible et plus coopérative, les différences seraient moins marquées et peut-être aurions nous moins besoin d’étiqueter les personnes. Ceci dit, il me parait contreproductif de ne pas chercher à comprendre nos différences. Au moins pour s’assurer que chaque personne puisse trouver son compte dans le monde qu’on lui propose !
    Prenons l’exemple des personnes à mobilité réduite. Dans un monde où chaque bâtiment est pensé pour être accessible, elle n’aura pas de problème pour se déplacer, pour suivre ses amis… Je pourrais l’accueillir chez moi alors que ce n’est pas possible à l’heure actuelle (ma maison est très exiguë). Je ne pourrais jamais inviter une personne à mobilité réduite chez moi, même si je m’entends bien avec elle. Sa condition est un frein à notre relation.
    Je fais donc le parallèle avec la douance. Dans une société où la précocité, le haut potentiel, est pensé, compris, où l’on n’a pas peur de lui, la douance ne pourra pas être utilisée comme une excuse au mal être.

    Qu’est-ce qui te permet de construire ton raisonnement dans l’observation de ton fils ?

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  5. Merci Myriam d’avoir développé ton commentaire, je comprends mieux ta vision des choses. En effet, je te rejoints sur pas mal de points. En fait, je ne dis pas que la douance n’existe pas, mais je ne pense pas qu’elle soit le résultat d’un gêne de l’intelligence mais plutôt d’une construction sociale, familiale, culturelle qui fait que nous sommes stimulés très tôt sur des sujets valorisés comme intelligents. Il y a beaucoup d’études qui montrent comment la façon d’éduquer ses enfants impacte leur façon d’être avec les autres, à l’école, leurs intérêts, … Si tu dis toi-même être précoce, il n’y a rien d’étonnant à ce que ton fils le soit. Je pense que cela n’est pas du à une hérédité génétique mais culturelle. D’autant plus quand on a un enfant unique (tu me dis si je me trompe, c’est ce que j’ai cru comprendre), l’enfant baigne dans un environnement d’adultes ce qui peut le rendre mature plus vite.
    Tout ce que j’ai compris des neurosciences allaient dans ce sens : il y a notre cerveau et ses millions de synapses et l’environnement dans lequel nous grandissons, les expériences que nous faisons qui les réarrangent, les modifient, les connectent, … Malgré cela, je veux bien lire les études dont tu parles. Je reste ouverte sur le thème de la précocité, j’ai rarement eu des convictions inébranlables ^^. Je pense que la précocité existe parce-qu’il y a beaucoup de différences culturelles entre les familles et non pas, je me répète, lié à une cause génétique. De toute façon qu’est-ce qui est génétique à part notre corps brut ? Je pense que toutes les identités sont des constructions culturelles. Sinon comment expliquer que la précocité soit plus « un truc » de personnes ayant fait des études et ayant des garçons ? Est-ce du à un manque d’informations des personnes moins « cultivées » ?
    Concernant mon garçon, il a de nombreux « symptômes » décrits chez les enfants précoces mais le fait qu’il évolue en liberté à la maison, me permet de ne pas lui coller d’étiquettes. Parce-qu’on a plus de libertés, qu’il peut aller vers ce qu’il aime et que pour nous tout est au même niveau, qu’il n’est pas obligé de rester toute la journée dans une classe à se faire rouspéter, il peut choisir ses amis et quand ça ne se passe pas bien avec quelqu’un on peut ne plus la voir. Je pense que s’il était à l’école j’aurais plus de craintes parce-que je connais son potentiel, je sais que c’est un bon garçon, et cela m’énerverait beaucoup qu’il soit maltraité, rabaissé, que ses « talents » ne soient pas pris en compte et développés. Mais si je me mets à la place de chaque parent, je penserais la même chose pour chaque enfant. Du coup, je me dis que c’est aussi beaucoup une question de position parentale vis à vis de l’éducation des enfants, ce qu’on connait de leur développement, l’éducation bienveillante qu’on met en place, le respect de leur personne, … et toutes ces choses qui nous différencient de familles qui conservent une éducation plus traditionnelle et donc confie leurs enfants à l’institution scolaire en fermant les yeux, sans se poser plus de questions. Dans leur cas, s’il y a un problème, l’enfant n’a pas assez travaillé, chahute et c’est leur faute, point. Ils ne vont pas se dire, peut-être qu’ils s’ennuient, peut-être qu’il est différent des autres, …
    Voilà pour ma réponse :) C’est un sujet passionnant :)

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  6. « Qu’est ce qui est réel et qu’est ce qui est le produit de notre milieu ? » En effet, tu as tout à fait raison, c’est exactement ce que je me demande. Je crois bien que le réel est le produit de notre milieu, que nous sommes des êtres de culture et que tout est lié à notre culture. Je ne m’étais jamais posé la question concernant les personnes intolérantes au gluten. Est-ce lié à un manque d’informations ? Ce serait intéressant de creuser…

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  7. Bonjour Maeva.
    Pour les études dont je t’ai parlées, j’ai retrouvé ce lien youtube : https://www.youtube.com/watch?v=vJ1buvFBt2c C’est peu, malheureusement je n’ai pas l’habitude de garder mes sources sous le coude.

    « Sinon comment expliquer que la précocité soit plus « un truc » de personnes ayant fait des études et ayant des garçons ? » Là, je crois que ce n’est pas vrai. Il me semble que la précocité touche équitablement toutes les classes sociales. Pour les garçons, j’ai ma petite hypothèse : je crois qu’ils sont plus éduqués à se montrer. Une fille sera plus discrète. C’était mon cas. Enfin, je n’ai jamais rien fait de manière à me faire remarquer, aucun enseignant ne pouvait savoir à combien je m’ennuyais, il aurait été terrible pour moi qu’il le remarque d’ailleurs. Je suis polie, respectueuse et tolérante. Ces qualités sont peut-être cultivées différemment chez les garçons ?
    L’Enfant suit le même chemin. Je crois que l’école ne se rendra pas vite compte de ses avances (même si elles ne sont pas exceptionnelles, elles sont réelles). Il est très tolérant vis à vis des ateliers proposés par son enseignante et des résultats des autres élèves.
    Et puis, il me semble toujours avoir été précoce. Mes parents se souviennent de mes questions incessantes. J’avais 2 ans quand ça a commencé. Alors… est-ce que ces deux années passées auprès de mes parents ont suffi à faire de moi une précoce ? A quel moment le suis-je devenue ? Et pourquoi pas mes frères alors ? Et pourquoi le suis-je restée jusqu’à… maintenant, alors que personne ne s’en préoccupait quand j’étais enfant ?
    Je ne pense pas que ce soit une invention parentale. Ca me parait invraisemblable.
    Et pour l’Enfant… nous nous interrogeons depuis ses 8 mois ! (j’avoue, nous aurions peut-être du penser à d’autres choses à ce moment-là ^^) Oui, il est baigné dans un monde d’adulte, nous faisons très attention à sa nourriture intellectuel, mais est-ce plus nous qui le façonnons ou lui qui nous façonne de manière à grandir convenablement ?

    Il me semble bien que le caractère génétique du QI a été démontré statistiquement, soutenu par la comparaison des jumeaux homozygotes. J’avais en tête une corrélation de 0.8, ce qui est énorme. Ma mémoire me joue peut-être des tours… Enfin, le QI ne semble effectivement pas porté par un gène en particulier et surtout : l’environnement joue énormément dans leur expression (c’est vrai pour la plupart de nos gènes). C’est vrai pour le développement du cerveau et de ses facultés. Il suffit de voir l’impact que peut avoir les écrans sur le développement de l’attention chez les enfants. Un enfant baigné dans une atmosphère stimulante et bienfaisante se développera plus harmonieusement. Evidemment. Et cela joue certainement sur le QI. J’ai lu ceci ce soir donc j’ai le lien avec moi : http://www.oveo.org/les-chatiments-corporels-reduisent-le-quotient-intellectuel/

    Ma réponse est brouillonne… j’aurais peut-être dû attendre de mettre le clair dans mes idées avant de t’écrire ?

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  8. Très belle réflexion. La première fois que je vous ai lue, j’ai tout de suite adhéré. Et puis j’ai essayé d’en parler avec mon homme, et lui m’a dit que, de son point de vue, la notion de famille à « fort capital culturel » se mordait un peu la queue.
    En fait, ces familles ne seraient-elles pas constitutées d’un ou deux parents avec une « intelligence » au dessus de la moyenne ? – et bien sûr quand je parle d' »intelligence », j’abonde totalement dans votre sens, qui est de constater que l’intelligence/QI est une manière très limitée de définir les compétences d’une personne, et aussi une manière très excluante.
    Je continue de me poser des questions sur le rapport inné/acquis des enfants qui développent une « intelligence » au dessus de la moyenne. Je suis passée de chaque côté du balancier.
    Il est de bon ton aujourd’hui d’affirmer que la dite précocité est une affaire socio-culturelle, mais je me demande quand même … Est ce que les parents qui ont un fort « capital culturel » ne sont pas les mêmes que les parents qui auraient été identifiés comme « haut potentiel » ou « précoces » ? Et dans ce cas-là, quelle part pour l’inné, quelle part pour l’acquis ?
    Et dans les fratries … quand un enfant est considéré comme précoce par l’école, l’institution, les psychologues etc … et pas ses frères et soeurs. Comment explique-t-on cela ?
    Pour finir, je savoure votre conclusion, qui est de refuser de coller une étiquette à Keyo. Je pense sincèrement que c’est la meilleure des décisions.

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  9. Oui vous avez raison, les familles et la culture c’est complètement le serpent qui se mort la queue et donc rien d’étonnant du coup que ce soit des enfants (dans la grande généralité) issus de ces familles qui soient précoces (d’où la difficulté de distinguer culture et génétique). Je ne sais pas si vous connaissez Franck Lepage et sa conférence gesticulée sur la culture : https://www.youtube.com/watch?v=vVrCR6wF3LU ? Lorsque j’ai parlé de cet article et de mes recherches à ma soeur, elle m’a dit « ah bon donc ça veut dire que les garçons ont un truc en plus naturellement ». Vous voyez, je trouve qu’on tombe tout de suite facilement dans quelque chose qui justifie les positions de classe dans notre société. C’est comme si la précocité expliquait que les hommes de bonne famille avaient plus de pouvoir que les autres : parce-qu’ils ont un truc en plus naturellement. Après vous posez plein de questions intéressantes qui moi aussi me turlupinent : pourquoi certains et pas d’autres de la même famille ? Elève-t-on tous nos enfants de la même manière ? Vit-on les mêmes émotions pendant chacune de nos grossesses ? Pourquoi associe-t-on plutôt certains comportements à la précocité que d’autres ? …
    Merci pour votre commentaire en tout cas Lulu, moi-même je continue à me demander quelle est la part de l’inné et de l’acquis, je crois que derrière ces questions c’est toutes celles qu’on se pose sur la construction de la personnalité, sur ce qui fait de nous des êtres humains différents les uns des autres, l’individualité de l’homme et sa complémentarité. De précieuses réflexions à mener :)

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  10. Bonjour Myriam, je reprends notre conversation où nous l’avions laissé :) Je ne sais pas trop ce que tu as lu et pas lu du coup puisque tu avais dit dans le premier commentaire que tu n’avais pas tout lu. Quand je dis : « comment expliquer que la précocité soit plus « un truc » de personnes ayant fait des études et ayant des garçons ? » je n’invente rien, c’est lié à l’étude cité dans l’article qui a analysé le adhérents de l’association l’AFEP : 80% des enfants précoces sont des garçons et 70% des parents ont des métiers CSP +++ (et souvent plus des chefs d’entreprise et professions médicales type psy, médecins, infirmières,…). C’est donc une grande majorité. Oui c’est sûr nous élevons nos filles et nos garçons de manière différente, certaines qualités sont cultivées et attendues chez chaque « profil ». Maintenant tout cela est tellement complexe, se fait de façon inconsciente que c’est vraiment difficile de tout décortiquer. Je ne connais pas toutes les motivations de celles et ceux qui s’intéressent à la précocité pour leurs enfants et je ne le juge pas puisque moi-même, je le rappelle, m’y suis intéressée de près, je crois qu’il peut y avoir de la peur pour l’enfant, l’envie qu’ils réussissent, le besoin de savoir où il se situe par rapport aux autres ou de l’incompréhension liée à son caractère… Je ne sais pas ce qui a fait que vous vous y êtes intéressé à ses 8 mois, c’est très jeune en effet, peut-être te sachant précoce y as-tu pensé pour ton fils.
    Concernant la précocité dans une fratrie, souvent j’ai lu des témoignages disant que toute la fratrie était précoce, dans ton cas pourquoi plus toi que tes frères je ne sais pas, je ne connais pas ton histoire. Comme je répondais à Lulu : élève-t-on nos enfants de la même manière ? Vit-on les mêmes choses pendant nos grossesses ? Mais bon après je ne me sens pas trop à l’aise de parler de ça, je ne veux pas donner l’impression que je rentre dans ton intimité, toi-même est mieux placée pour comprendre les choses. De mon côté, je ne réfute pas la précocité, elle existe, mais je pense qu’elle vient du milieu dans lequel on grandit (mais le milieu et les gênes s’influencent). Je lisais un truc sur le « développement de l’intelligence », on dit qu’il concerne aussi les personnes capables de se connecter aux autres, de se positionner dans l’écoute et l’ouverture, en s’intéressant aux autres, on apprend, on retient, on se cultive. Les traits de la personnalité jouent aussi un rôle, mais d’où vient cette personnalité ? Encore une question ahah. Je m’arrête là, bonne journée !

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  11. Je reprends finalement parce-que je crois que je m’empêtre dans la dualité nature VS culture or l’environnement transforme les gênes. La nature et la culture sont indissociables et s’influencent toutes les deux du coup je m’égare lol
    Personnellement je trouve que le problème réside plutôt dans ce qu’on valorise comme étant intelligent ce qui poursuit cette compétition, cette comparaison entre les enfants. C’est pour cela que j’aime le concept d’intelligences multiples et l’éducation populaire, car toutes les personnes sont valorisées en étant ce qu’elles sont.

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  12. Bonjour Maeva,

    Je te réponds ce soir sur un nouveau fil de commentaire car j’ai relu ton article pour me remettre au point et je ne veux surtout pas que notre discussion tourne en rond. Je vais faire attention à ne pas me répéter.

    Ce qui te dérange avec la « précocité » c’est le fait qu’on l’utilise pour justifier les inégalités sociales ou sexistes ou scolaires, dans un sens comme dans l’autre. « C’est normal que cet enfant soit turbulent : il est précoce. » ou bien « c’est normal que j’ai un haut niveau d’étude, mon QI est supérieur à la moyenne ». Ai-je bien compris ton article ?

    Or, il me semble que c’est prendre le problème à l’envers. Déjà, il y a la question : la précocité existe-t-elle ? Y a-t-il réellement des personnes avec des capacités cognitives supérieures, supérieures à la moyenne ? Puis, autre question : si cette différence existe, peut-elle s’observer au niveau du comportement des individus ?

    Je pense qu’il existe quand même un fait : les tests de QI. Qu’il soit accessibles ou non à l’ensemble de la population n’est pas la question. Ils sont faits pour mesurer les capacités cognitives supérieures des individus. Plus ou moins parfaitement, certainement, ils évoluent avec le temps et les découvertes cognitives que la science produit. Et il se trouve que des gens réussissent plus ou moins bien ces tests. Voilà pour mon fait.

    Ensuite, c’est une observation personnelle, et non pas un fait (même si elle semble être partagée par les psychologues). Il me semble que les personnes qui réussissent très bien un test de QI sont également des personnes qui apprennent très bien et très vite et réfléchissent avec profondeur (Dans des domaines intellectuels : La musique, la littérature, la philosophie, les mathématiques…).

    Ceci m’amène à répondre « oui » à mes trois questions d’introduction.

    Il se trouve que tu commences ton article en disant justement que tu as personnellement conclu que « la précocité, en tant que don génétique n’existe pas », que c’est une « construction sociale ».

    Pour ta première conclusion, je t’avais déjà dit que le lien entre hérédité génétique et QI avait été plusieurs fois observé. Cette fois, j’ai une source ! (ce n’est pas une méta-analyse, mais c’est déjà ça n’est-ce pas ?) Voici un lien vers une vidéo youtube. Ce qui nous intéresse se situe autour de la minute 40 : https://www.youtube.com/watch?v=bw3F9ZNSMmo C’est sur ce genre d’observation que je m’appuie pour croire que le QI est grandement génétique.

    Je m’appuie aussi sur mon histoire personnelle et la rencontre avec des personnes HPI. (qui ont donc un QI mesuré supérieur à 130). Je vais te parler d’une amie qui me disait justement qu’elle avait l’impression que son père avait fabriqué une enfant surdouée (elle). Elle me racontait que son père lui faisait écouter des opéras, elle adorait ça. Elle aimait tellement les opéras qu’elle connaissait par coeur « Carmen »… à 4 ans.

    Ce que je pense moi, c’est qu’on ne peut pas forcer un enfant à devenir « précoce » ou « surdoué ». Les parents leur offrent culturellement tout ce qu’ils sont capables de leur offrir, puis c’est aux enfants de prendre ce qui les intéressent et ce qu’ils sont capables d’absorber en fonction de leurs capacités personnelles. Tu as beau faire écouter des opéras à tes enfants, non, pas tous ne seront (d’une) intéressés, et (de deux) en capacité de les retenir par coeur. Dans mon interprétation, le père de mon amie n’a pas « fabriqué » un enfant surdoué, il l’a « nourri ». Elle avait les capacités de l’être (parce qu’elle était précoce) et elle était dans l’environnement qui a révélé ces capacités.

    Jusque là, je ne pense pas faire l’usage de la précocité pour justifier quelques inégalités que ce soient (en dehors de la précocité elle-même, évidemment).

    Je n’arrive pas à m’enlever cela de la tête : pour moi, certaines personnes ont des capacités intellectuelles plus importantes que d’autres. Je sais que peu de gens ont ma mémoire, ma capacité d’abstraction, ma capacité de raisonnement. Oui, évidemment, mes études et mon niveau de vie y sont pour beaucoup (dans leur expression), mais ils n’en sont pas la source, seulement les moyens.

    Je te parlais de l’Enfant, comme exemple, pour notre questionnement personnel à propos de sa précocité. Son avance par rapport aux autres enfants de l’école a été clairement relevée par sa maîtresse. Ses avances concernent principalement les matières enseignées à l’école. A savoir l’alphabet et le dénombrement. Tu vas me dire : bah voilà, c’est justement ce qui est mis en valeur par notre société ! Certes. ^^ (si tu n’allais pas me dire ça, je suis d’avance désolée de t’avoir prêté de mauvais propos, je sais que cela peut être très désagréable) Mais ce que j’observe, c’est que ces avances dans ces matières scolaires sont permises grâce à des capacités de réflexion que tous les enfants n’ont pas.

    J’ai vu par exemple que l’Enfant était capable de reconnaître les lettres dans tous les sens, même s’il est placé à l’envers par rapport à la page. Ce que tous les enfants (même plus grands d’un ou deux ans) ne sont pas nécessairement capables. Il me semble que cela est révélateur de capacité cognitive supérieure justement, la capacité à faire pivoter mentalement un objet pour l’observer sous diverses coutures. Je me dis donc qu’il est avance sur l’alphabet parce que son cerveau lui permet d’analyser les lettres de manière un peu plus approfondie qu’un enfant « normal » le ferait. Je suis peut-être une super pédagogue, j’ai peut-être utilisé les meilleurs outils qu’il soit, mais l’Enfant a cette capacité mentale et ça l’a aidé, j’en suis certaine.

    Là, je ne pense pas décrire comme quelque chose d’intelligent une construction sociale. Ne crois-tu pas que ça peut être pris comme un « fait » ? Quand ton cerveau est capable d’analyser un objet de manière approfondie, c’est une capacité sensationnelle, non ?

    Où je veux en venir, c’est qu’il me semble qu’il existe des « faits » scientifiques à propos de la précocité. Il y a mon observation personnelle qui est que certaines personnes ont effectivement un cerveau qui fonctionne un peu mieux que d’autres. Et à côté de ça, il y a ce qu’on en fait politiquement.

    Je reprends ce que tu disais sur le fait que l’école en France ne parvient pas efficacement à combler les inégalités culturelles. Je trouve cela absolument honteux ! Et je pense rejoindre ton opinion en pensant que même si les capacités intellectuelles des enfants ne sont pas toutes égales, l’intelligence des êtres humains devrait largement être suffisante pour ne fabriquer que des individus instruits, capables de réflexion et émancipés.

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