Charlotte Mason Etude de la nature

Le journal de la nature et son living book parfait

Quand j’ai commencé à entendre parler de Charlotte Mason, j’ai vite réalisé qu’il y avait deux dominantes dans sa pédagogie : les living books et l’étude de la nature. Pour mettre en place une éducation Mason à la maison, j’ai donc eu besoin d’en savoir plus et de comprendre en quoi consistait l’étude de la nature.

Pour elle, la vie en plein air est de la plus haute importance et l’enfant, et même l’adulte, devrait y passer de nombreuses heures chaque jour.

Leur permettre de nager dans le ruisseau est le moindre des avantages que cette formation précoce devrait conférer aux enfants ; l’amour de la Nature, implanté si tôt qu’il leur semblera plus tard être né en eux, enrichira leur vie d’intérêts purs, d’occupations absorbantes, de santé et de bonne humeur.

Charlotte Mason, volume 1, p. 71

Le temps passé à l’extérieur, avec peu ou pas d’intervention d’un adulte, offre ce que Mason considérait comme la finalité de l’éducation : un sentiment d’appartenance au monde créé par Dieu.

La nature est bonne pour toujours
Au cœur qui lui voua son culte et ses amours.
Sur le rude chemin où le sort nous envoie,
Seule elle peut guider nos pas de joie en joie
Et seule façonner notre esprit enchanté,
L’emplir de tant de calme et de tant de beauté,
Et bien le nourrir de sublimes idées,
Que jamais la fureur des langues débridées,
Ni l’égoïsme avec son sarcasme glaçant,
Ni les vains compliments d’où le cœur est absent,
Ni les froids entretiens sans amour et sans haine,
Ne pourront plus troubler en nous la foi sereine
Que le bonheur emplit tout ce que nous voyons.

Wordsworth

Le journal de la nature

« L’enfant qui passe une heure à observer le comportement d’une nouvelle « larve » qu’il a rencontré sera un homme de marque. Qu’il inscrive dans son journal tout ce qu’il découvre à son sujet – par sa mère, si l’écriture lui est pénible, – où il la trouve, ce qu’elle fait ou ce qu’elle lui semble faire ; sa couleur, sa forme, ses pattes : un jour, il découvrira le nom de la créature et reconnaîtra la description d’un vieil ami. » (volume 1, p. 58)

Ce journal, comme le conçoit Charlotte Mason, semble plutôt contenir des mots plutôt que des images puisque l’enfant dicte à sa mère ce qu’il a vu dans la nature. Et cela, peu importe les saisons : « … les observations à noter dans le journal de famille, appartient tout autant au temps d’hiver qu’à celui d’été ; et les choses à voir et à noter sont infinies. Le groupe tombe sur un grand arbre qu’il juge, d’après sa forme, être un chêne – il est noté dans le journal ; et quand les feuilles sont sorties, les enfants reviennent pour voir s’ils ont raison. » (volume 1, p. 86)

Mais, l’étude de la nature peut aussi se faire à l’aide d’un pinceau :

« D’innombrables sujets à enregistrer se présentent à l’enfant intelligent. Pendant qu’il est encore assez jeune (cinq ou six ans), il devrait commencer à illustrer ses notes librement avec des dessins au pinceau ; il devrait recevoir un peu d’aide au début pour mélanger les couleurs, sous forme de principes et non de directives. On ne devrait pas lui dire d’utiliser ceci et cela, mais « nous obtenons du violet en mélangeant ceci et cela », et ensuite il devrait être laissé à lui-même pour obtenir la bonne teinte. Quant au dessin, l’instruction a sans doute son temps et sa place ; mais son journal de nature devrait être laissé à sa propre initiative. Un enfant de six ans produira un pissenlit, un coquelicot, une marguerite, un iris, avec ses feuilles, poussé par le désir de représenter ce qu’il voit, avec une vigueur et une exactitude surprenantes. » (volume 1, p. 55)

J’ai appris dans l’article d’Art Middlekauff sur Charlotte Mason Poetry que la première version du volume I ne mentionnait pas cette utilisation du pinceau. C’est en 1905, dans une version révisée, que ce passage apparaît.

En effet, le développement des écoles PNEU et l’investissement des professeurs dans la revue du Parent’s Review apporte de nouvelles réalisations concrètes faites avec les enfants, et les dessins aux pinceaux sont vivement encouragées car ils révèlent « le caractère de la plante ».

Pourquoi utiliser le pinceau plutôt que le crayon ?

Je me suis toujours demandée si les livres de sciences naturelles répertoriant fleurs et animaux avaient l’aval de Miss Mason pour pratiquer l’étude de la nature. En effet, ils sont des sources secondaires. L’enfant ne devrait-il pas être encouragé à peindre ou écrire sur ce qu’il voit directement dehors plutôt que dans des livres qui ont figé leur vitalité ?

L’insistance sur le dessin au pinceau de la part de Miss Mason m’a permis d’entrevoir une partie de la réponse. En effet, une éducation vivante signifie être mis en relation avec la vie ; et la beauté du pinceau est qu’il reproduit un geste organique, contrairement aux crayons. Dans son volume 4, elle dit : « À l’époque, comme aujourd’hui, les enfants apprenaient à dessiner, non pas à partir d’objets, mais à partir de dessins de ces objets ; c’est-à-dire qu’ils ont été et sont enseignés à imiter des lignes plutôt qu’à recevoir et enregistrer des impressions de choses. »

Art Middlekauff nous dit : « L’affirmation de Mason est que la vie n’est pas capturée en lignes mais en gestes. En d’autres termes, l’art s’apprend avec le pinceau et non avec le crayon. »« Si nous accordons que «Dieu le Saint-Esprit est Lui-même l’éducateur suprême» et que «l’Esprit est la vie» (Romains 8:10, ESV, 2016), alors l’éducation devrait utiliser des êtres vivants. Pour l’étude de la nature, cela signifie des rencontres avec la «Nature vivante», rencontrée « in situ » et reproduite au pinceau. Pour une véritable éducation Charlotte Mason, ces éléments ne sont pas négociables. »

Apprendre à dessiner au pinceau prend du temps, et Mason, dans son volume 6, dit à ce propos : « Leurs études de terrain leur donnent une grande portée. La première renoncule dans un carnet de notes sur la nature d’un enfant est incroyablement grossière, le genre de chose qui scandalise un professeur de dessin au pinceau, mais petit et petit une autre renoncule apparaîtra avec l’équilibre délicat, l’élévation et l’éclat de la fleur en croissance. » (volume 6, p. 217)

Que met-on dans ce journal de la nature ?

Les journaux de nature contiennent les « trouvailles » des promenades dans la nature : des notes sur les fleurs, sur les arbres… et des croquis en couleur réalisés au pinceau. Le lieu (dans le bois ou près de l’eau, exposé ou abrité…) et la date sont également spécifiés. Quelques notes sur le climat peut également être utile.

L’exemple du « Journal retrouvé » d’Edith Holden en incarne le parfait exemple :

22 juillet, Çà et là, quelques fleurs d’un blanc pur tranchaient sur la rose. En rentrant, j’ai vu une couleuvre à collier, morte, près de 60 cm de long, accrochées dans un buisson.

27 juillet, Trouvé quelques petites fleurs blanches de cuscute d’Europe, cet étrange petit parasite qui pousse sur la bruyère.

Comme les carnets de nature des élèves des écoles Mason, les notes ont un caractère littéraire. Les phrases sont écrites au passé. « Ces entrées ont la saveur de quelqu’un assis à une table ou à un bureau et écrivant des souvenirs d’une excursion dans la nature. Ils n’ont pas le caractère de notes de terrain, écrites pour enregistrer un phénomène au moment où il est observé à l’extérieur. »Art Middlekauff

Par ailleurs, les journaux de la nature comprenaient des tableaux – un calendrier des espèces observées pour la première fois de l’année : « C’est une bonne idée que les enfants tiennent un calendrier –– la première feuille de chêne, le premier têtard, la première primevère, le premier chaton, les premières mûres, où et quand ils les ont vus. » (volume 1, p. 54)

L’utilisation de ces tableaux permet de comparer l’apparition de certaines plantes, plus tôt ou plus tard, quelles espèces apparaissent à quel mois, et comparer cela aussi d’un endroit à un autre (montagne, vallée…). Il est aussi précieux pour noter l’arrivée et le départ des oiseaux migrateurs.

Descriptions des plantes, insectes, oiseaux et autres animaux vus, observation de leurs habitudes, liste des plantes trouvées, leur temps d’apparition, de floraison et de semis… Le journal de la nature peut-être aussi complété avec des réflexions sur la nature, des poèmes, des citations…

Sur place ou à emporter ?

Il existe plusieurs façons de tenir un journal : pendant une promenade, sur le vif, noter et dessiner une feuille, un oiseau… Ou recueillir quelques trésors et prendre le temps de les regarder chez soi et de les dessiner. Mais, si nous sommes tous d’accord avec le fait de « piquer » quelques noisettes, cailloux, coquillages, feuilles et pommes de pins, que penser des plantes, des fleurs et des insectes ? Peut-on tout prélever ?

Dans son volume 1, Mason dit : « 

« Jusqu’à ce que l’enfant ait six ou huit ans, je ne lui enseignerais aucune leçon de botanique qui nécessiterait d’arracher des fleurs pour les déchiqueter, pas plus que je ne lui permettrais de blesser ou de détruire toute forme de vie animale (à moins qu’elle soit dangereuse). Vénérer la vie et la reconnaître comme un cadeau merveilleux et sacré qu’un enfant cruel peut détruire mais jamais restaurer est une leçon de la plus haute importance pour un enfant »… « L’enfant qui voit sa mère embrasser avec respect et douceur un perce-neige apprend bien plus qu’aucun livre ne pourra le faire. D’ici quelques années, quand l’enfant sera assez grand pour comprendre que les sciences portent quelque-chose de sacré en elles et exigent des sacrifices, toutes les informations qu’il aura rassemblées jusqu’alors, et les habitudes d’observation qu’il aura acquises formeront un socle solide pour l’étude des sciences. D’ici-là, laissons les enfants examiner les lys dans le champ et les oiseaux dans le ciel. » (volume 1, pp. 62-63)

La peinture dans le cahier de nature est donc prioritairement basée sur l’observation directe au moment de la peinture, et non sur un simple souvenir. Que ce soit pour entrer en contact directement avec la nature mais aussi pour la respecter. Par ailleurs, il est nécessaire de se renseigner car de nombreuses espèces sont protégées et certains lieux interdisent la cueillette.

Certains spécimens de la nature peuvent donc être collectés de manière éthique, mais l’idéal est d’avoir toujours son carnet et le matériel nécessaire sous la main.

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8 commentaires

  1. Elodie a dit :

    merci pour ce bel article

    1. Maeva a dit :

      Avec plaisir Elodie, contente qu’il te plaise 🙂

  2. Berangere a dit :

    Quel article encore une fois enrichissant et inspirant. Plus je te lis et plus cette pédagogie me parle. Merci

    1. Maeva a dit :

      Très heureuse de lire ton commentaire Bérangère ! Oui cette pédagogie est douce et lumineuse 🙂

  3. Maggie a dit :

    Je suis enchantée par ce livre. Merci infiniment pour cette belle découverte.
    Et aussi pour ce blog inspirant!

    1. Maeva a dit :

      Bonjour Maggie, merci ! En effet, ce livre est vraiment beau, je suis bien contente qu’il ait été traduit en français 🙂

  4. Lorette a dit :

    Bonjour, merci pour cet article !! Savez vous les différences entre les différents livres d’Edith Holden (Le journal retrouvé, les carnets champêtres, le journal champêtre,… Merci !

    1. Maeva a dit :

      Bonjour Lorette, alors « le Journal Champêtre » correspond à un livre qu’elle a écrit en 1906 (Notes de la vie rustique/The Country Diary of an Edwardian Lady) et paru en 1977. « Le journal retrouvé » avait été écrit un an plus tôt, en 1905, mais a été découvert et publié plus récemment (en 1989 sous le titre anglais The Nature Notes of an Edwardian Lady). Je ne saurai pas répondre pour les autres…

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