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Charlotte Mason Histoire

Le Livre des siècles : pourquoi, comment ?

Le Livre des siècles est un des outils les plus connus de la pédagogie Charlotte Mason, sûrement parce-qu’il est innovant, qu’il prend moins de place qu’une frise chronologique tout en remplissant les mêmes fonctions, et que cela fait partie de ces cahiers que l’on aime garder, remplir, regarder.

Mais la façon dont il est présenté aujourd’hui répond-il à la vision qu’en avait Charlotte Mason ? N’est-il qu’une simple frise chronologique rassemblée dans un cahier ? Qui l’a conçu et dans quels buts était-il utilisé ? Comment faire votre propre Livre des siècles ? Accrochez-vous, nous allons voir tout cela ensemble !

Qu’est-ce qu’un Livre des siècles ?

Un peu d’histoire pour commencer : au début des années 1900, une certaine Miss W. Epps crée le « British Museum notebook », un carnet de croquis utilisé par les élèves visitant les expositions du British Museum. Chaque page représentait un siècle, et chaque élève était invité à dessiner les objets présents dans les musées.

Mme G. M. Bernau, diplômée de la House of Education, l’institut de formation de Charlotte Mason, habitait près du British Museum et rencontra Miss Epps et son fameux carnet de musée. Elle eu l’idée de le modifier un peu pour créer Le Livre des siècles, et avec l’aval de Charlotte Mason, ce nouveau cahier fit son apparition dans les programmes du P.U.S. (les structures utilisant la pédagogie Mason) en 1915.

C’est un cahier de presque 200 pages sur lequel l’emblème des écoles Mason était imprimé : « Je suis, Je peux, Je devrais, Je ferai ». Tout comme dans le « British Museum Notebook », les enfants y dessinent les objets d’usage domestique, d’art, etc., en rapport avec le siècle qu’ils étudient. A la différence que chaque siècle comporte une double-page : une vierge et une lignée.

Comme ceci :

Exemple livre des siècles

Mme Bernau explique à quoi sert ce support :

« Le Livre des siècles de chaque enfant doit témoigner « d’une alimentation libérale et généreuse de l’Histoire ». À partir de dix ans, les enfants du P.U.S font ces livres, « illustrant toute l’histoire étudiée pendant le trimestre (Bible, anglais, français, histoire générale) ». Leurs livres témoignent également des études réalisées dans les musées chaque trimestre. Les enfants doivent être libres d’inscrire sur leurs pages des événements et des dessins qui les ont intéressés par leur large lecture générale de l’Histoire (cette « réserve inépuisable d’idées ») et par leurs livres de littérature. Au fil du temps, les pages se remplissent et des faits historiques fascinants sont découverts éclairant l’histoire contemporaine et consécutive de chaque siècle. Les enfants s’habituent à traiter leur Livre des siècles comme des compagnons de toutes leurs lectures. Ils utilisent les ressources locales des musées, ils trouvent des informations dans les journaux, apportent des coupures et des illustrations qui portent sur la période spéciale qu’ils étudient. Les découvertes actuelles sont regardées avec intérêt et notées dans la page du XXe siècle ou au début du siècle qui les concerne. Ainsi l’Histoire, dans un Livre des siècles, est une chose vivante du présent, du passé et du futur. Chaque livre est une œuvre individuelle d’intelligence et très souvent d’art. »

Comment créer son Livre des siècles ?

Voici ce qu’en dit Mme Bernau :

Le livre se compose de quatre-vingt-seize pages pour le dessin, et un nombre correspondant de pages lignées. Soit 192 pages au total.

Sur la première page, écrire « Périodes préhistoriques », titre sous lequel figure la liste des quatre périodes (paléolithique ou pierre ancienne, néolithique ou nouvelle pierre, bronze et fer) avec l’explication de la signification de chacune. Comme le temps des périodes préhistoriques varie dans chaque pays, il a été jugé préférable de toutes les regrouper au début du livre, bien qu’il existe des peuples qui sont encore à l’âge de pierre.

Sur la double-page suivante, écrire « Paléolithique ». A gauche, saisir toutes les notes appropriées décrivant cette période. A droite, consacrez la page vierge aux dessins du paléolithique inférieur (biface, galets taillés, ancêtres du genre homo…). Sur la double-page suivante, écrire « Les grottes » et mettre les illustrations des harpons, des outils, des aiguilles, etc. Sur la double-page suivante, mettre « Restes de repas », et dessiner ici les coquilles d’huîtres, les couteaux , etc., trouvés dans les énormes tas de déchets accumulés sur les sites des premières tribus. Sur la double-page suivante, écrire « Travail du silex » et décrire les utilisations et possibilités de création. Ensuite, double-page suivante, écrire « Art au paléolithique », et illustrer l’abondance des objets, peintures… Sur la double-page suivante, écrire « Âge néolithique », montrant les outils plus élaborés et polis de l’âge de pierre supérieur. Puis, « Âge du bronze », avec des illustrations d’instruments en bronze, puis « âge de fer » avec le dessin des outils en fer.

Sur chacune de ces doubles-pages, la gauche est dédiée aux notes, et celle de droite aux illustrations.

Passons maintenant aux dix dernières feuilles à la fin du livre. Là encore sur chaque double-page, l’une est lignée, l’autre est vierge. Les pages vierges sont dédiées au dessin de petites cartes utilisées pour comprendre l’évolution géographique de l’Histoire. Les pages lignées, en face des cartes, pourraient expliquer l’Histoire illustrée par les cartes, ou mentionner les siècles qui y font référence. Le choix des cartes à inclure appartient au propriétaire de chaque livre.

Maintenant, passons à la première double-page située juste avant les cartes. Ecrire sur la page lignée « 21 siècle ap. J.C. ». A partir de là, travailler à rebours, en écrivant respectivement en haut de chaque page lignée, « 20ème siècle ap. J.C. », « 19ème siècle ap. J.C. », etc., jusqu’au « 1er siècle, ap. J.C. ». Continuez ensuite à partir du « 1er siècle av. J.-C. » jusqu’au « 54ème siècle av. J.-C. ». Il ne reste plus que quatre pages, et comme il y a si peu de dates connues jusqu’ici dans l’histoire du monde, il n’y a pas de mal à regrouper dix siècles sur chaque page, c’est-à-dire que celle après le 54ème serait le « 64ème au 55ème siècle, av. J.C. », puis « 74ème au 65ème », etc jusqu’à ce que vous arriviez à la double-page sur l’âge de fer.

Nous avons maintenant – sauf dans les dernières pages mentionnées – pour chaque siècle une page lignée sur laquelle les faits doivent être mis en fonction de la date, et une page blanche pour les illustrations de ce siècle.

Sur chaque page lignée, utiliser 20 lignes pour les dates. Tracer une ligne plus épaisse au milieu pour séparer la moitié supérieure de la moitié inférieure. Cela signifie que chaque ligne compte cinq ans, et donc un événement qui s’est produit la troisième année d’un siècle après J.C. serait placé au milieu de la première ligne ; celui qui s’est produit dans la quarante-deuxième année sera mis sur la neuvième ligne, à la deuxième place, et ainsi de suite.

Il faut faire attention aux chiffres et à leur emplacement. Ceux de notre ère se trouvent à droite des lignes et commencent en haut par le plus petit nombre (exemple : au 1er siècle ap. J.C., les deux lignes du haut représentent les années 1 à 10 après J.C.). Dans la partie avant J.C., c’est l’inverse, et les premiers chiffres sont en bas de la page (exemple : au 1er siècle, avant J.C., les deux lignes du bas représentent les années 10 à 1 avant J.C.). Il faut prendre soin de placer les dates correctement.

Livre des siècles Maeva Danse
Avant JC : les évènements se notent à gauche. La chronologie se lit de gauche à droite (année du haut -900 à celle de droite sur la même ligne -896, puis on repasse en dessous : à gauche -895 et on arrive tout à droite -891, etc).
Après JC : les évènements se notent à droite. La chronologie se lit aussi de gauche à droite : à gauche 201 jusqu’à droite 205, puis on passe en dessous : 206 à 210, etc).

Indications supplémentaires de Mme Bernau :

  • Les entrées et dessins sont réalisés au feutre fin noir. La couleur est occasionnelle. Encouragez une écriture parfaite et utilisez le crayon à papier léger avant le feutre pour gommer facilement.
  • Il n’est pas nécessaire d’être un artiste pour avoir un livre intéressant – la netteté et l’exactitude sont cependant essentielles.
  • L’utilisation de papier calque ne devrait pas être autorisé, car les livres perdent alors leur touche d’originalité.
  • Il est permis de coller de bonnes gravures, ou des photographies, là où le sujet est trop difficile à dessiner, mais cela ne doit être fait qu’occasionnellement, car cela risque de rendre le livre trop volumineux.
  • Comme le livre est un « cadeau » pour la vie, les enfants feraient mieux d’abandonner les sujets les plus difficiles jusqu’à ce qu’ils soient assez âgés pour leur rendre justice.
  • Naturellement, une page est un tout petit espace pour illustrer tout un siècle, et pourtant c’est une erreur d’utiliser plus de pages pour un siècle, car cela supprime toute l’idée du livre ; par conséquent, chacun doit choisir ce qu’il considère comme les événements les plus caractéristiques, en pensant autant que possible à l’agencement de la page avant de dessiner. De cette manière, deux livres ne seront pas identiques et il y a un grand intérêt à les comparer.
  • Pour les professeurs d’écoles ou parents d’une grande fratrie, il a été trouvé l’idée de répartir les illustrations tout au long du livre : par exemple, un élève illustrera des navires ; un autre, des armes ; un autre, des instruments de musique, costumes ou ornements d’époques différentes ; cela en plus des illustrations habituelles des divers événements de chaque siècle.
  • Pour les enfants peu capables de continuer un « Livre des siècles » en dehors des leçons, Mme Bernau leur suggère de conserver un « Livre des périodes » à la place avec une page pour les Égyptiens, Assyriens, Grecs, Romains, Anciens Britanniques, Anglo-saxon, normand, etc.

Le Livre des siècles n’a pas à être « terminé », c’est un bien pour la vie. Et tout comme le Journal de la Nature ne peut pas couvrir toutes les sciences naturelles, le Livre des siècles ne peut rendre compte de tous les faits et personnages de l’Histoire. C’est ce qui le rend si original et si unique, chaque personne ayant fait ses propres choix, ses propres connexions. Chaque objet dessiné, chaque évènement noté devient si intime à l’enfant qu’il s’en souviendra toute sa vie.

Que mettre dans le Livre des siècles ?

Sur le papier ligné, l’enfant écrira plutôt les évènements historiques tandis que sur le côté vierge, il dessinera des objets.

L’objectif est de permettre à chaque enfant de s’approprier son livre, il vaut mieux le laisser choisir ce qu’il voudra écrire et dessiner. Il pourrait y mettre :

  • les évènements historiques rencontrés dans n’importe quelle leçon étudiée,
  • des dessins d’artefacts provenant de visites de musée,
  • des dessins copiés à partir de livres,
  • des dessins de cartes…

Voici quelques exemples :

dessin carte livre des siècles

Parce que leurs dessins et leurs entrées viennent d’eux, les enfants témoignent d’un engagement envers leur Livre des siècles. Et ils sont bien plus engagés lorsqu’ils décident quoi y mettre que lorsqu’ils collent des images qui montrent ce que les autres pensent être les choses importantes à retenir… Voilà pourquoi le Livre des siècles est utilisé à partir de 10 ans, âge auquel l’enfant possède une plus grande maturité et un caractère qui s’affirme.

A quel moment utiliser le Livre des siècles ?

Comme je l’ai esquissé plus haut, le Livre des siècles vient s’inscrire dans une utilisation naturelle et régulière, au fil des leçons, des rencontres… tout comme le Journal de la nature peut être utilisé un peu chaque jour, ce peut également être le cas du Livre des siècles. Mais vous pouvez décider de choisir un jour dans la semaine ou dans le mois pour l’utiliser.

J’ai appris dans le livre de Laurie Bestvater, The Living Page, que Mme Bernau et Miss Kitching, grande amie de Charlotte Mason, avaient organisées des séances de thé et des soirées Livre des siècles avec leurs étudiants. Le principe était simple : se focaliser sur l’enrichissement de son Livre des siècles pendant un temps plus long que les leçons courtes habituelles, et dans un cadre un peu inhabituel et agréable. J’imagine très bien, chaque membre d’une famille remplissant son Livre des siècles autour d’une tasse de thé ou le temps d’une soirée avec de bonnes petites choses à manger… Et pourquoi pas installer ce temps comme un nouveau rituel ?

« Le Livre des siècles est une grande joie pour le propriétaire, et même en ces jours chargés, il est possible de trouver du temps, si court soit-il, pour ajouter une illustration de temps en temps. » Mme Bernau

Et que dire du Livre des siècles familial ?

Charlotte Mason et les pédagogues avec qui elle a travaillé ont développé des outils plus appropriés à l’étude de l’Histoire pour des enfants de moins de 10 ans. Toutefois, rien n’empêche d’utiliser une version partagée du Livre des siècles avec des plus jeunes, une version à laquelle tous les membres de la famille contribuent d’une manière ou d’une autre. C’est ce que nous avons fait. Et bien que, au début, c’est en effet moi qui ait imprimé et proposé de coller certaines images, mon ainé, une fois plus à l’aise avec l’écriture et le dessin, s’est plus impliqué dans le Livre.

Par ailleurs, cette façon de faire nous a rendu familier avec cet outil. Je suis contente qu’il soit transmis à ses sœurs qui pourront elles aussi ajouter des choses ; Keyo, ayant eu 10 ans en décembre dernier, a maintenant son propre Livre des siècles.

Voici quelques images de notre Livre des siècles familial :

Pourquoi utiliser un Livre des siècles ?

Le Livre des siècles répondait à la question de l’enseignement de l’histoire universelle, tant dans sa perspective historique que dans sa façon de la présenter. En d’autres termes, il permet de comprendre les enchaînements de l’histoire, de détenir « une reconstitution historique en arrière-plan de ses pensées » (C. Mason, vol. 6). 

Le P.N.E.U. a toujours prôné l’enseignement de l’histoire universelle avant celle de son pays. Charlotte Mason explique :

« J’ai déjà parlé de l’histoire comme un élément vital de l’éducation et j’ai cité le conseil de Montaigne selon lequel l’enseignant « pratiquera, par le moyen des histoires, ces grandes âmes des meilleurs siècles. » À nous en particulier qui vivons à l’une des grandes époques de l’histoire, il est nécessaire de savoir quelque chose de ce qui s’est passé avant pour penser avec justesse à ce qui se passe aujourd’hui. » (Charlotte Mason écrit son sixième volume en 1921, quelques années après la fin de la Première Guerre Mondiale).

L’étude de l’Histoire pour Charlotte Mason est surtout faite pour apprendre à la juger : « savoir qu’il y a beaucoup à dire des deux côtés de chaque question nous sauvent des opinions grossières et de la témérité de nos actes. Le présent s’enrichit pour nous de la richesse de tout ce qui a précédé. »

En cela, elle rejoint Montaigne dont la suite de la citation commencée plus haut est : « Quel profit ne fera-t-il en cette part-là, à la lecture des Vies de notre Plutarque ? Mais que mon guide se souvienne où vise sa charge ; et qu’il n’imprime pas tant à son disciple la date de la ruine de Carthage que les mœurs de Hannibal ou de Scipion, ni tant où mourut Marcellus, que pourquoi il fut indigne de son devoir qu’il mourût là. Qu’il ne lui apprenne pas tant les histoires qu’à en juger. » Montaigne, De l’institution des enfants

Charlotte Mason continue :

« Le défaut le plus grave des programmes scolaires est peut-être qu’ils ne donnent pas une introduction complète, intelligente et intéressante à l’histoire. Abandonner ou même commencer par l’histoire de notre propre pays est fatal. Nous ne pouvons vivre sainement si nous ne savons pas que les autres peuples sont comme nous avec quelques différences, que leur histoire est comme la nôtre, avec quelques différences, qu’eux aussi ont été représentés par leurs poètes et leurs artistes, qu’eux aussi ont leur littérature et leur vie nationale. Nous étions endormis et notre réveil est plutôt terrible. »

Cette façon de considérer l’enseignement de l’Histoire fait écho à ses principes 17, 18 et 19 sur La Voie de la Volonté, La Voie de la Raison et le fait d’accepter ou rejeter une idée.

« Par conséquent, les enfants devraient apprendre, lorsqu’ils ont atteint la maturité nécessaire pour bénéficier de cet enseignement, que la principale responsabilité qui leur incombe en tant que personnes est l’acceptation ou le rejet des idées. Pour les aider dans ce choix, nous leur donnons des principes de conduite et un large éventail de connaissances qui leur sont adaptées. Ces principes devraient sauver les enfants d’une partie de la réflexion et de l’action inconsidérée qui mènent, la plupart d’entre nous, à un niveau de vie inférieur à ce dont nous avons besoin. » Principe 19, Charlotte Mason

Il faut se garder d’adhérer aux opinions courantes, et il faut juger les gens par la voie de la raison, non par la voix de tout le monde.

Montaigne, Essais

Ressources

Matériel

Si vous souhaitez réaliser votre Livre des siècles, je vous conseille les cahiers de croquis Canson. Ils contiennent 98 feuilles, ce qui laisse quelques pages supplémentaires pour des pages de dessins ou des siècles en plus. Surtout, utilisez un crayon à papier pour commencer car on s’emmêle très vite dans les dates et les emplacements.

En stylo, je vous conseille la marque Uni Pin (Fine Line, Water and Fade Proof, Pigment Ink).

En boutique

Pour les personnes qui n’ont absolument pas envie de faire leur Livre des siècles, je propose une version de 96 pages sur ma boutique, avec du papier Velin 120 g, imprimée en France et envoyée directement chez vous. Par ailleurs, si vous souhaitez en savoir plus sur les premiers outils utilisés pour enseigner l’Histoire aux enfants (de 6 à 9 ans environ), je propose également un curriculum expliquant les périodes à étudier chaque année, avec un vaste choix de livres, les outils à utiliser et toute la méthodologie pour accompagner vos leçons d’Histoire.

Quelques suggestions de livres pour les illustrations d’objets

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5 commentaires

  1. Aurore Valantin a dit :

    Un article dans la veine de ceux du PNEU et de Charlotte Mason. C’est recherché, clair, profond. L’une des raisons pour lesquelles cette pédagogie est riche, c’est qu’il y a une philosophie qui soutient chaque notion, chaque support d’étude. Seuls des articles longs, liés et précis comme celui-ci peuvent rendre toute l’ampleur et la profondeur de ce que Charlotte Mason transmettait. Je me suis régalée, Maeva. Merci de diffuser dignement cette pédagogie, en français! Chacun de mes garçons s’est lancé (enfin) dans son propre journal des siècles, au début de l’année, avec les jolis cahiers du Victoria and Albert Museum. Sylvain Tesson dans son avant-propos à L’énergie vagabonde écrit: « Les livres sont les herbiers de nos souvenirs perdus. » Ces journaux sont des sortes d’herbiers des traces laissées par l’histoire, selon la sensibilitéde chacun. Et toujours pour citer Tesson, décrivant l’écrivain voyageur, je retrouve l’esprit du journal des siècles dans cette phrase: « Ouvrir son cahier en papier de riz (économie de poids), couvert d’une écriture très fine (économie d’espace) et de phrases très brèves (économie de style). »

    1. Merci infiniment Aurore, pour tes compliments et la façon dont tu prolonges cet article par ces notes poétiques. « Les herbiers de nos souvenirs perdus » est une phrase qui résonne beaucoup en moi. En fait, je prends de plus en plus conscience de ces traces physiques que l’on laisse sur nos cahiers. Pour le futur. Ce que l’on expose dans des musées, ce ne sont pas des imprim’ écran d’ordinateurs, mais bien des objets… Par ailleurs, ça tombe bien que tu cites Tesson, je ne l’ai jamais lu et je me demandais s’il était chouette à lire en lecture à voix haute. Qu’en penses-tu ?

      1. Pour les livres de Sylvain Tesson, ils sont magnifiques à lire à voix haute comme dans le silence le plus absolu car c’est un styliste qui est sensible à la musique des mots, au rythme de la phrase. En revanche, pour une lecture offerte de ses récits, aux enfants, je dirais, chaque chose en son temps. 😉 Avant de lire Tesson, il y a tellement d’autres auteurs à lire qui prépareront à la lecture de ses écrits: Giono, Pagnol, London, Dumas, Verne, Kipling, Sand, Leroux, Stevenson, Swift, Lindgren, etc…Il faut avoir « roulé sa bosse » et avoir un peu avancé en âge pour goûter pleinement ce qui se dégage de ses livres, à mon avis. Et puis, il y a une part très sombre, aussi, chez cet écrivain, qui ne mâche pas ses mots vis à vis du genre humain qu’il a vu trop souvent commettre et dire des atrocités. En revanche, lire des passages choisis, oui. Celui sur la géographie dans Petit traité sur l’immensité du monde est envoûtant et donnerait envie à tout enfant de se plonger dans cette matière. Un été avec Homère peut aussi être un très bon compagnon quand un collégien étudie Homère et ses 2 poèmes épiques, l’Iliade et l’Odyssée. Une alternative à Un été avec Homère (qui peut être un peu perché, parfois, pour un enfant de 11 ans), c’est la série de documentaires-récit qu’il a faite et qui s’appelle dans le sillage d’Ulysse. Mes garçons étaient fascinés par les paysages, le phrasé de Tesson et le lien qui se tissait entre la géographie et les récits mythologiques. Voilà! 🙂

  2. ELODIE ANSAULT a dit :

    J’avoue que ce livre des siècles me faisait « peur » et je ne voyais pas vraiment par quel bout le prendre… J’y vois plus clair et je l’envisage suite à la lecture de l’article. Merci pour toutes ces informations et surtout éclaircissements 😘

    1. Merci Elodie, tant mieux si cela t’a apporté davantage d’explications 🙂 En fait, j’aime bien le voir comme un « cahier de musée », je trouve que ça lui confère une autre utilité. Un musée c’est fait pour se souvenir, pour comprendre l’histoire, pour transmettre aussi. La frise chronologique reste utile et ne se fait pas remplacer par le livre des siècles, ces deux outils ont seulement des vocations différentes : la frise chronologique représente plus le squelette de l’histoire tandis que le livre des siècles sera les organes, le sang, le souffle de vie 🙂

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