Charlotte Mason et vous Flore Hélène
Charlotte Mason Charlotte Mason et Vous

Charlotte Mason et vous : Flore-Hélène, du blog A dada et au dodo !

Bonjour ! Il y a quelques temps, je donnais la parole à Olivia, Céline et Adélaïde qui nous racontaient comment elles utilisaient la pédagogie Mason à la maison pour instruire leurs enfants. Je trouve que ces partages sont toujours très riches car ils montrent à quel point l’instruction à la maison est personnelle et chaque cheminement différent.

Aujourd’hui, c’est Flore-Hélène qui nous raconte un petit bout de sa vie et là encore c’est très enrichissant 🙂 Un grand merci à toi d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et nous transmettre ton expérience (d’école à la maison mais aussi d’expatriation), je suis certaine que cela sera utile à d’autres.

Peux-tu te présenter toi et ta famille ?

Je m’appelle Flore-Hélène. Je suis maman de 3 enfants connus sur mon blog sous les pseudo : Colombe (7 ans 1/2), Petit O’ (5 ans 1/2) et Bébé Gaufrette (4 mois). Je ne travaille plus depuis la naissance de ma fille aînée, mais avant j’ai fait pas mal de choses. Après de longues études en histoire et archéologie j’ai été admissible au Capes, mais j’ai décidé de ne pas le repasser et de m’engager vers une autre voie que le professorat. Pendant toutes mes études, j’ai fait du baby sitting et donné des cours de soutien scolaire, puis j’ai été pionne dans un lycée. J’ai ensuite travaillé dans le secrétariat, le tourisme, l’accueil événementiel. J’ai même travaillé au Festival de Cannes !

Depuis combien de temps fais-tu l’école à la maison et quel est ton cheminement vers ce choix ?

Cela fait 3 ans 1/2 que j’instruis mes enfants à la maison.
Lorsque mes enfants étaient petits, je les ai inscrits à la crèche de la ville de Cannes où nous vivions. Ils y allaient 2 jours par semaine histoire de voir d’autres personnes que papa et maman, et nous étions ravis car l’équipe était vraiment géniale ! Tout naturellement, quand ma fille a eu l’âge d’aller à l’école, je l’y ai inscrite. Mais là ce fut la désillusion… Le rythme scolaire était bien trop lourd pour ses 3 ans 1/2. Je voulais la garder à la maison l’après-midi, mais le directeur de l’école me menaçait de faire un signalement (alors que la loi n’obligeait encore l’instruction qu’à 6 ans). Ajoutons à cela que l’institutrice de ma fille était régulièrement absente : les enfants devaient s’adapter à chaque fois à une nouvelle remplaçante… Ma fille était à bout et chaque soirée devenait un calvaire.

Puis mon mari a trouvé un travail à Dubaï. C’est ce qui nous a convaincu de sauter le pas. Nous avions décidé de nous laisser le temps d’arriver tranquillement à Dubaï, d’étudier le système scolaire et de voir si une école nous convenait avant de l’y inscrire. À Dubaï, l’école gratuite n’existe pas pour les étrangers. Et l’école coûte cher… très cher parfois ! La moyenne est de 1000€ par mois et par enfant, et à cela il faut ajouter plein de frais annexes (par exemple le transport qui peut aller jusqu’à 2000€ par an !). J’ai trouvé des écoles formidables, mais avec 2 enfants, elles n’étaient pas dans notre budget. Alors après plusieurs mois, alors que nous avions trouvé un équilibre en instruction en famille, nous avons décidé que nous resterions ainsi.

Comment as-tu découvert Charlotte Mason et qu’en as-tu pensé à ce moment-là ?

J’avais découvert la pédagogie Charlotte Mason par l’ouvrage qui fait partie de mes indispensables : « Le grand guide des pédagogies alternatives » de A.-C. Pigache et M. Deny. Puis un peu plus tard, j’ai approfondi mes connaissances avec le podcast « Un festin d’idées« . 

C’est une pédagogie qui m’a tout de suite plu. D’abord parce qu’elle parle vraiment d’instruction en famille, alors que les autres pédagogies ont généralement été développées en classe et que le travail de groupe est nécessaire à un moment donné. Ensuite parce qu’elle m’a replongée dans mon imaginaire d’enfance. Lorsque j’étais petite, ma maman me lisait des grands classiques de la littérature : Les malheurs de SophieLes petites filles modèlesLe petit Lord FauntleroyLe Jardin Secret… Que des livres dans lesquels on ne parlait pas d’école, mais de la vie au grand air où les enfants sont responsables de leurs propres aventures et pour lesquels plane un sentiment de liberté.

Vous l’aurez compris, ma maman a pratiqué la « lecture offerte » et je la pratiquais donc naturellement avec mes enfants avant de connaître Charlotte Mason. Cette pédagogie m’a donc rappelé mon enfance et c’est sans doute ce qu’il y a de plus touchant !

Est-ce que ton avis a changé sur cette pédagogie depuis ?

En découvrant Charlotte Mason, j’ai eu l’impression de découvrir une pédagogie qui correspondait à ce que je recherchais en tant qu’enseignante, mais qui ne correspondait pas encore aux besoins de mes enfants. Lorsque je l’ai découverte, mes enfants n’avaient que 5 et 3 ans tout au plus. Leur instruction tenait encore plutôt du unschooling avec une touche de différentes pédagogies par-ci par-là (Waldorf, Freinet, Mason…). 

Plus ils grandissent, et surtout plus ils avancent dans les apprentissages, et plus j’arrive à mettre en place les éléments de la pédagogie Mason. Et mon avis est conforté dans ce que j’ai ressenti en la découvrant : c’est une pédagogie excellente pour l’instruction à la maison. 

Qu’aimes-tu dans cette pédagogie et qu’est-ce que tu aimes moins ? 

Les connexions ! Lorsque j’étais au collège, mes profs de musique et d’art plastique nous avaient demandé ce que nous étudions en français et en histoire, et elles avaient adapté leur programme en fonction. C’est la première fois que dans le système scolaire, on me faisait réaliser que tous les apprentissages séparés en matière étaient liés. 

Aujourd’hui, j’essaye d’utiliser le même principe de connexions lorsque j’instruis mes enfants. Lorsque je décide d’un sujet d’étude, je le fais en fonction de notre vie quotidienne afin que mes enfants soient concernés, et je décline cet apprentissage en plusieurs matières. Par exemple, depuis quelques mois nous vivons en Normandie. Je leur fait donc apprendre la géographie de la région, nous étudions les peintres impressionnistes, je leur ai appris Demain dès l’aube de Victor Hugo qui se passe près de chez nous. Et sans que je ne le mentionne forcément, mes enfants font les liens entre tous ces apprentissages et ce qu’ils voient au quotidien ici. Mon plus grand bonheur réside dans les connexions que mes enfants découvrent eux-mêmes ! Je le ressens comme un signe que nos apprentissages sont vraiment vivants !

Y a-t-il des choses que tu n’arrives pas à comprendre dans cette pédagogie ou qui manquent selon toi ?

Il y a surtout une chose que je ne parvenais pas à appliquer. Non pas que je ne comprenais pas le principe, mais parce que j’avais besoin de dépasser mes peurs de ne pas faire suffisamment : l’emploi du temps à la Mason. Alors que Charlotte Mason prévoit des leçons courtes dont la durée est déterminée à l’avance, je planifiais un emploi du temps à la tâche. Ces tâches n’étaient jamais longues et chaque enfant pouvait faire son travail quotidien en 2 heures. Mais dans les faits, cela dépassait largement, surtout avec ma fille. Juste en voyant la liste de son travail à faire, elle se décourageait. Cela l’empêchait de se concentrer et elle traînait…

De mon côté, j’avais l’impression qu’en planifiant à l’horaire, je risquais de ne pas couvrir tout le programme de l’année.  Mais je me retrouvais à faire travailler mes enfants toute la journée, sans plus pouvoir dégager de temps pour moi, sans compter que l’ambiance de travail se dégradait… Il y a peu, j’ai donc commencé à planifier le travail de ma fille selon un horaire avec des leçons courtes. Cela permet de maintenir une ambiance plus détendue, et j’espère qu’à terme cela aidera ma fille à se concentrer.

Comment appliques-tu la pédagogie Charlotte Mason chez toi ? Dis-nous quels sont tes supports préférés ?

Dans la pédagogie Charlotte Mason, l’étude formelle et la lecture font partie d’une hygiène de vie au même titre que les sorties au grand air. Et c’est ainsi que j’applique sa méthode. Pour moi, le travail est une habitude quotidienne qui permet de se maintenir en forme intellectuellement. D’ailleurs j’applique ce principe moi aussi en consacrant chaque journée à une activité intellectuelle : rédaction, apprentissage d’une langue, mots croisés…

J’essaye de trouver des contenus de qualité avant tout, même si parfois ils sont plus austères et moins attractifs au premier abord.

  • En écriture, mes enfants utilisent les cahiers de la méthode Dumont
  • En anglais, mes enfants suivent les cours The Good and the Beautiful, un cours d’anglais américain inspiré de la méthode Charlotte Mason. C’est un cours destiné aux enfants américains donc parlant déjà couramment l’anglais.
  • En maths, nous avons choisi la méthode de Singapour éditée par la Librairie des écoles
  • Pour la lecture, j’ai utilisé la méthode Fransya mais mes enfants ont vite été frustrés de ne pas y trouver d’histoires passionnantes, alors elle est devenue rapidement un support à côté.
  • Pour le reste, j’utilise de vieux manuels que je chine, ou parfois même des livres que j’ai étudiés à la fac (pour l’histoire et la géo- je vous rassure je ne fais qu’en extraire des passages)

Utilises-tu d’autres pédagogies ? Comment arrives-tu à les harmoniser ?

Il m’arrive effectivement d’utiliser d’autres pédagogies. D’ailleurs un de mes livres essentiels en pédagogie est « Le grand guide des pédagogies alternatives » de A.-C. Pigache et M. Deny. J’y pioche des activités régulièrement, plus par affinité du moment que parce qu’elles appartiennent à telle ou telle pédagogie. Lorsque mes enfants étaient plus jeunes, je m’inspirais parfois de la pédagogie Waldorf, surtout sur le rythme hebdomadaire, et nous avons gardé quelques habitudes. Enfin, en ce moment je découvre la grammaire avec la méthode Montessori et je suis plutôt agréablement surprise. C’est une pédagogie qui ne m’attire pas beaucoup car je la trouve plutôt rigide (ça n’est peut-être qu’une fausse impression) et elle manque de naturel (pour moi !). Mais pour la grammaire, je trouve le système vraiment bien pensé et je suis impressionnée de voir à quelle vitesse ma fille acquiert les notions.

Quels sont vos livres vivants préférés ?

J’ai un faible pour les autobiographies. Il n’y a pas plus passionnant qu’un explorateur, un chercheur ou un artiste qui raconte sa passion ! Et je trouve que les enfants ont besoin d’exemples d’hommes et de femmes illustres à qui s’identifier pour se construire. En ce moment, nous lisons Jane Goodall, Ma vie avec les chimpanzés

Sinon, j’aime les livres générationnels. Ceux que mes parents m’ont lus pour partager un bout de leur enfance et que je lis maintenant à mes enfants pour les mêmes raisons. La Comtesse de Ségur, Treize à la douzaine (et la suite, 6 filles à marier), Marcel Pagnol… 

Quel est ton meilleur souvenir nature ?

Lorsque nous vivions à Dubaï, nous nous promenions presque quotidiennement autour d’un lac (artificiel) dans notre quartier et nous y observions les oiseaux. Il y avait beaucoup de corneilles et ma fille s’amusait à les imiter. Jusqu’au jour où une corneille lui a répondu ! Nous étions bluffés, et ma fille a continué à « discuter » avec l’oiseau ! Comme quoi on peut vivre au cœur d’une grande métropole et être proche de la nature !

flore Hélène à dada et au dodo

Penses-tu que cette pédagogie mérite de se développer en France ?

Elle mérite très largement de se développer ! Mais chaque pédagogie mérite de se développer en France, car je trouve que c’est un domaine qui a longtemps été mis de côté. Je garde un mauvais souvenir de ma préparation au CAPES d’histoire. On nous apprenait plein de savoirs passionnants en histoire, des choses qu’on n’aborderait jamais en classe avec des élèves tant elles étaient pointues, mais je n’ai pas souvenir d’avoir étudié la pédagogie… C’était pourtant essentiel dans le métier auquel on se destinait. Ces dernières années, la pédagogie Montessori a largement été mise à l’honneur, un peu par effet de mode. C’est plutôt positif, et j’ai l’impression que s’en suit un intérêt pour d’autres pédagogies. J’espère que cela continuera car je suis convaincue que la richesse naît de la diversité !

Y a-t-il des choses que tu aimerais mettre en place dans le futur de ton « école à la maison » ?

J’aimerais prendre plus de temps pour les lectures offertes, et aussi initier mes enfants aux lapbooks (ils en ont déjà fait quelques uns, mais l’impulsion ne vient pas encore vraiment d’eux-mêmes).

Notre profil est un peu particulier puisque nous avons vécu à l’étranger dans une des villes les plus cosmopolites du monde. Mes enfants ont des amis de toutes les nationalités à Dubaï, mais ils ont aussi des copains qui sont rentrés chez eux au Canada, en Afrique du Sud… J’aimerais qu’ils correspondent plus avec ces amis, qu’ils les appellent régulièrement afin que chacun se raconte un peu son mode de vie. Je ne sais pas si Charlotte Mason aurait encouragé les visioconférences, mais je trouve que c’est un bel outil !

Quelque chose à ajouter ?

Je tiens avant tout à te remercier pour ton investissement dans le partage de la pédagogie Charlotte Mason ! Merci de m’avoir permis aussi de partager un petit bout de notre quotidien ici, et de permettre la même chose à plein d’autres parents. C’est toujours plaisant et enrichissant de voir comment d’autres font !

Encore merci Flore-Hélène !

Si vous aussi vous aimeriez partager votre façon d’utiliser la pédagogie Mason chez vous, n’hésitez pas à m’envoyer un message 🙂

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2 commentaires

  1. Je suis le blog de Flore-Hélène depuis longtemps, je suis ravie d’en avoir plus sur son fonctionnement en IEF. Mes enfants fréquentent une école, alors c’est plus le côté nature de Charlotte Mason qui m’intéresse.

    1. Maeva a dit :

      Moi aussi j’allais à l’école enfant, mais j’ai des souvenirs merveilleux du potager de mon grand-père, de nos balades dans la forêt, des longues après-midis près d’un lac ou d’une rivière… et des lectures à voix haute que me faisaient mes parents 🙂

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