Charlotte Mason Histoire Living books

Choisir ses livres : textes originaux ou adaptés à la jeunesse ?

Je suis très contente de revenir sur le blog pour écrire un article car je manque de beaucoup de temps en ce moment, alors quand l’inspiration vient (et que j’ai un peu de ce fameux temps qui me manque), j’en profite pour me faufiler dans la brèche 🙂

Dans ce post, j’avais envie d’aborder le thème du choix des livres et notamment expliquer la différence entre un livre de première main et un livre moderne, et encourager l’utilisation de ces livres de première main.

Faut-il choisir des livres écrits pour les enfants ?

Aujourd’hui, quand nous éduquons nos enfants, nous nous tournons assez naturellement vers des livres modernes, attrayants pour l’œil et « adaptés aux enfants ». La pédagogie Mason m’a vraiment encouragé à réfléchir à cette idée de « livre adapté aux enfants », puisque l’explosion du marché du livre pour la jeunesse est finalement assez récente.

« Afin d’enseigner intelligemment l’histoire, évitez en premier lieu presque tous les livres d’histoire écrits expressément pour les enfants ; et en second lieu, tous les recueils, grandes lignes, résumés ou quoi que ce soit. Concernant les résumés, compte tenu du rôle que l’étude de l’histoire est apte à jouer dans l’éducation de l’enfant, il n’y a pas un mot à dire en leur faveur ; et quant à ce qu’on appelle les livres pour enfants, les enfants de parents instruits sont capables de comprendre l’histoire écrite sous forme littéraire, et ne sont pas attirés par les sornettes des petits livres d’histoire faciles à lire. »
C. Mason (vol. 1)

Nous avons la réponse de Charlotte Mason concernant les livres d’Histoire, mais pour les livres de géographie, elle dit également que les enfants attendent d’un livre ce que nous en attendons aussi, c’est-à-dire de nous faire voyager et non pas une succession de faits.

Après, est-ce que cela signifie qu’il faut bannir tous les livres destinés à la jeunesse ? Je ne pense pas, seulement qu’il ne faut pas priver les enfants d’accéder à des livres mieux écrits que ceux que nous mettons habituellement entre leurs mains, pensant que c’est ce qui est bon pour eux.

Un livre vivant est un livre de première main

Par ailleurs, j’ai approfondi et réfléchi sur la notion de « living book » (livre vivant) et ce qu’en dit Charlotte Mason. En fait, elle dit que les livres que nous lisons aux enfants devraient être principalement des livres de première main.

Au tout début, le concept de « livre vivant » restait pour moi une notion qui opposait un texte « sec » – un manuel de cours ou un livre documentaire qui sélectionnent et résument des faits – à un texte romancé, c’est-à-dire un livre qui raconte sans interruption une histoire, avec des détails, des épisodes imagés, brillants et intéressants qui enflamment l’imagination.

Je pense aujourd’hui, au vu des lectures que je fais des livres écrits par Charlotte Mason, que ce concept de livre vivant va donc beaucoup plus loin. Un livre vivant n’est pas « qu’un texte romancé bien écrit », c’est aussi et surtout un livre de première main.

« Laissez-les pénétrer l’esprit de l’Histoire en lisant, au moins, une vieille Chronique écrite par un homme qui a vu et qui a connu ce sur quoi il a écrit, et non à partir de recherches sur le passé. Ces livres anciens sont plus faciles et plus agréables à lire que la plupart des ouvrages modernes sur l’Histoire… Lire une ancienne chronique pendant un an de ce genre, ou les passages appropriés d’une telle chronique, embrase l’imagination de l’enfant et son esprit fourmille d’idées ; il aura eu accès aux mots de ceux qui ont vu et entendu directement ; et la manière concrète dont les vieux moines racontent leurs histoires est exactement ce que les enfants préfèrent. Après cela, vous pouvez mettre des livres aux grandes lignes ennuyeuses entre leurs mains, et ils feront l’Histoire pour eux-mêmes. »
C. Mason (vol. 1)

Des livres anciens et leurs versions modernes

Afin de donner un exemple, j’ai choisi quelques livres de ma bibliothèque pour expliquer cette différence entre livre de première main et livre moderne « adapté » à la jeunesse :

  • Les Vies de Plutarque en texte de première main, et des biographies actuelles sur J. César et Alexandre le Grand (La Librairie des écoles a sélectionné et simplifié des passages de Plutarque)
  • L’Enquête d’Herodote en texte de première main et le livre Hérodote, Histoires du monde antique (là encore édité par La Librairie des écoles qui s’appuie sur le texte de première main)
  • Le Voyage d’Ulysse écrit par Homère (ce livre est un extrait de l’Odyssée mais présente les chants 5 à 13 en version intégrale) et le Feuilleton d’Ulysse de Murielle Szac
  • La Bible et je n’ai pas de « Bible pour les enfants », mais si j’en avais eu une c’est ce que j’aurai pu mettre pour faire le parallèle.

Evidemment, je compare avec la crème de la crème des livres jeunesse, car en ce qui concerne les livres plus ou moins récents, il y a de tout : des bons, des moins bons, des ridicules et des fabuleux. Je ne les place pas tous au même niveau, ce serait trop long et fastidieux.

Avantages et inconvénients des deux formats

J’ai essayé de résumer un peu les avantages et les inconvénients de chacun dans un tableau, bien que cela dépend énormément des livres dont on parle (qu’ils soient de première main ou plus récents).

Livres de première mainLivres modernes
Le prixSouvent les livres sont au format poche et donc à une somme assez basse.Les livres sont souvent plus chers du fait de leur qualité (couleurs, grands livres, impact du marché du livre jeunesse…)
AccessibilitéLes livres sont souvent écrits avec un langage plus complexe, il y a plus de détails et de noms (que ce soit de personnes ou de villes).Les livres sont simplifiés.
Qualité de la plumePlus élevée, les détails sont plus riches, l’histoire se comprend mieux car il n’y a pas eu d’interruptions, de résumés…Dans les livres modernes, il y a de tout. Les livres que j’ai sélectionné sont de bonnes versions modernes, mais il en existe de moins bonnes. Néanmoins, on trouve souvent moins d’informations et d’idées par page sur un livre moderne que sur un texte ancien.
FiabilitéElevée. Le texte est plus précis. Toutefois, certains textes écrits peuvent avoir été écrits à une époque où des mœurs pouvaient flatter ou interdire certaines informations. Les historiens ont pu mettre en lumière des inexactitudes.Les mœurs jouent un rôle à n’importe quelle époque. Nous avons aussi les nôtres et certaines informations seront enlevées ou renforcées pour « coller » à notre culture.
IllustrationsLivres généralement sans illustrations.Présence d’illustrations. Cela apporte une esthétique plus élevée aux livres mais peut aussi détourner le regard et empêcher à notre imagination de jouer son rôle. Le livre va créer les images à notre place.
ViolencesNous pouvons penser que les livres de première main destinés aux adultes sont plus violents mais à ce jour je n’en suis pas convaincue. Je trouve qu’il y a parfois plus de pudeur dans des descriptions de scènes violentes ou alors elles sont brèves. La violence ne se donne pas en spectacle. Evidemment, cela dépend avec quels livres on compare. Dans certains livres, la violence peut être bannie, dans d’autres exacerbée. Il arrive que les auteurs en disent plus que nécessaires pour « ajouter du piquant » à leur roman (mais du coup les romans sont conseillés à partir de 10 ou 14 ans)
FluiditéLa fluidité peut dépendre des traducteurs. Par exemple, la version des Vies de Plutarque que j’ai en ma possession est moins fluide que la traduction de Ricard ou Pierron (que l’on peut trouver gratuitement sur Wikisource ou d’autres sites). Cela nécessite un petit travail de recherche. Mais, tout comme la Bible, il existe plusieurs versions et à chacun de trouver celle qui lui convient. La plupart du temps, les textes sont fluides, les mots simples. Des encarts peuvent être ajoutés pour donner de l’information supplémentaire (personnellement, ça me gêne).
Texte intégralOui.Non. Par exemple, pour Hérodote, le format poche est divisé en 2 tomes de plus de 400 pages chacun. Le premier chapitre fait une centaine de pages. La version éditée par la Librairie des écoles fait à peu près 200 pages et compile la totalité. Le premier chapitre fait 23 pages.

Exemple : Hérodote, version première main et version Librairie des écoles

J’avais commencé par acheter la version de La Librairie des écoles et quand je l’ai feuilleté, j’ai été un peu gênée par le manque de fluidité entre les chapitres. Il a fallu que je m’habitue au style. Puis je me suis demandée pourquoi je n’avais pas plutôt acheté le livre d’Herodote lui-même, ce que j’ai fait en suivant pour comparer.

L’esthétique est évidemment plus agréable avec un grand livre en couleur qu’avec un format poche, les cartes sont plus jolies, l’index est plus compréhensible, il y a des illustrations… Mais ce qui est un point positif peut aussi être un point négatif : le livre est plus lourd pour la lecture, les images empêchent l’imagination de faire son travail, les encarts troublent la lecture, les cartes sont plus simplifiées, etc.

Concernant le texte, j’ai préféré lire la version d’Herodote, c’est sans appel pour moi, car tout est mieux expliqué. Les notes sont en fin d’ouvrage, ce qui permet d’aller chercher ce qu’on ne comprend pas et non pas d’être obligé de lire parce que notre œil est attiré par une note.

Le texte est évidemment plus complet, toutes les histoires sont racontées, tandis que la Librairie des écoles a bien évidemment dû faire des choix.

Toutefois, je n’irai pas jusqu’à déconseiller la version de la Librairie des écoles car l’essentiel y est. Ce n’est que l’essentiel toutefois et, compte tenu de la pédagogie que j’aime et que j’applique à la maison, cela n’est pas suffisant selon moi.

En conclusion

Mon objectif n’est pas de dire : « il ne faut plus acheter tel livre » puisque bon nombre d’entre eux peuvent se ranger dans les Living Books, mais « et si vous essayiez un livre de première main, un livre source, un livre « mère », un livre qui a donné naissance aux autres, pour voir, pour comparer… » ?

Et si vous éleviez, petit à petit, le niveau de lecture ? Et si vous donniez plus de saveur et de goût à votre nourriture intellectuelle ? Et si vous habituiez vos enfants à aller chercher plus loin que ce qui se présente facilement à eux (et à vous) sous de belles images et un chouette format ?

N’hésitez pas à commenter et à partager votre avis en commentaire 😉

Maeva

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4 commentaires

  1. PAILLER a dit :

    Je suis parfaitement d’accord (comme souvent avec votre conception de l’éducation). Des livres riches de sens, de vocabulaire, d’imaginaire.. Nous ne lisons par contre pas de livre religieux.
    Le temps me manque pour faire découvrir tous ces beaux livres! Notre dernier en date « La ferme des animaux » de George Orwell, lu à ma fille de 8ans, sa sœur de 6ans ayant eue une écoute plus décousue.

    1. Maeva a dit :

      Je me me suis mise à lire la Bible en étudiant Charlotte Mason, comme elle cite beaucoup de passages, cela m’a donné envie de découvrir et finalement dans les textes de l’Ancien Testament, il y a aussi des récits historiques ^^ J’ai un super souvenir de George Orwell, les plus jeunes prennent ce qu’ils peuvent prendre mais ce qui est sûr c’est que votre fille de 6 ans prend déjà l’habitude d’écouter (même si c’est de temps en temps) des histoires plus riches et ça c’est génial 🙂

  2. Merci pour ce chouette article ! À la maison, on mixe les ressources dirons-nous 🙂 A 9 ans Lili-Rose lisait la biographie de Marie Antoinette de Stéphan Zweig. Passionnée du sujet, elle avait vite fait d’épuiser toutes les ressources en livres « enfant » et voulait aller plus loin. J’étais quand même inquiète et sceptique sur le fait qu’elle arrive à la lire ce volume et le vocabulaire, c’était bien me tromper… qu’est ce qu’on sous estime les enfants ! Elle enchaîne désormais directement avec les auteurs les plus pointus mais je prends note de chercher des récits d’histoire directement vécus par les auteurs, très bonne idée ! Par contre, nous sommes de grandes fans d’illustrations et de dessins et on adore les images en parallèle. D’ailleurs , on a même nos livres fétiches, sorte de « living books » visuels ! Des images peuvent faire voyager, nous marquer et raconter bien des choses aussi. Je le remarque particulièrement chez notre fille qui a l’intelligence visuelle très développée. Tiens ça me donne une idée d’article pour le blog ief lili… merci : ) Au plaisir de continuer à te lire.

    1. Maeva a dit :

      Bonjour Dorothée, merci pour le partage de ton expérience qui renforce l’idée de cet article 🙂 Belle journée !

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