Charlotte Mason Lecture, Ecriture Réflexions

Des cahiers qui laissent des traces

Le “Commonplace Book”, le cahier de citations, le journal de lecture, le Silva Rerum ou la “Forêt des choses”… en voilà un certain nombre de noms pour un cahier dont le but est de conserver ce qui nous a ému, touché, fait réfléchir.

Qu’est-ce qu’un Commonplace Book ?

A différents endroits de ses volumes, Charlotte Mason évoque un de ces cahiers.

Dans son premier volume, elle parle d’un carnet de poèmes qui pourrait plaire à l’enfant :

Un livre à eux, composé des vers qu’ils auront choisis, devrait les ravir.

C. Mason, L’éducation à la maison

Dans son volume 5, elle parle du fameux “Commonplace Book” (que je me suis permise de traduire par “carnet de notes ordinaire”) en tant que journal de lecture avec lequel, dès 13 ans, les enfants prennent l’habitude de retranscrire un passage qui a retenu leur attention plus qu’un autre :

Il est très utile de lire avec un carnet de notes ordinaire ou un journal de lecture, dans lequel on peut noter toute pensée frappante de l’auteur, ou sa propre impression de l’œuvre, ou d’une partie de celle-ci ; sans que cela devienne un résumé de faits. Un tel journal, soigneusement tenu tout au long de la vie, devrait être extrêmement intéressant car il contient l’histoire intellectuelle de son auteur ; par ailleurs, un livre dont on a retranscrit des extraits et dont on a pris la peine d’écrire une courte critique, n’est jamais oublié.

C. Mason, Volume 5

Dans son troisième volume, elle dit encore :

Au cours de nos lectures, que ce soit la Bible, ou de la poésie en vers ou en prose, la sélection de certains passages est une occupation délicieuse et des plus stimulantes, surtout si l’on tient un livre de citations. Ce serait une bonne idée que les enfants tiennent leur propre livre et y écrive une citation chaque jour, tirée de leurs lectures. Quelle bonne façon de démarrer la journée si chacun est invité à lire la citation de son propre choix !

C. Mason, Volume 3

J’ai découvert le terme de Silva Rerum récemment, c’est une expression latine qui signifie littéralement “la forêt des choses” mais que l’on traduit par manuscrit. Il s’agissait de manuscrits tenus par la noblesse polonaise utilisés pour y inscrire toutes sortes de choses : discours, proverbes, tenue de comptes, etc. Cela me rappelle beaucoup les nombreux carnets que j’utilise moi-même et dans lesquels tout se mélange. Je ne savais même pas que cela portait un nom et je trouve que “forêt de choses” est un terme vraiment… romantique ! (que voulez-vous je suis toujours dans la lecture d’Anne et la maison aux pignons verts !)

La richesse des choses que nous mettons dans un carnet s’apparente à ce fameux festin dont parle Charlotte Mason, ce besoin naturel de satisfaire de multiples intérêts, et qui trouve son écho dans cette phrase d’Adam Żychliński, châtelain de Międzyrzecz : « celui qui montre de l’appétit, ne se contente pas d’un seul plat, mais il cherche dans les autres des saveurs à son goût. Celui qui est chasseur de nature, ne se contente pas de ses proies mais s’aventure dans les divers repaires à la recherche d’une autre bête. »

En fait, ce Silva Rerum pourrait correspondre à notre Bullet Journal actuel puisqu’on nous dit : “Les manuscrits silva rerum étaient munis d’index de titres des actes reproduits, en vue de faciliter au lecteur ce parcours à travers les pages remplies d’informations diverses, parsemées ici et là.”

Des carnets à valeur d’héritage

Vous avez peut-être déjà perdu un proche, dû faire du tri dans la maison et tomber sur certains objets. Cela est arrivé à ma maman lorsque mes grands-parents sont décédés.

Tous les objets laissés dans cette maison sont un peu comme des reliques. Je crois que tomber sur des cahiers plein de notes, de citations, de dessins, seraient un trésor fabuleux, pas vous ?

Charlotte Mason écrit souvent en parlant de la vieillesse. Dans son volume 1, elle évoque ce que nous mettons “en bouteille” pour plus tard, elle parle des paysages que l’on “peint” dans sa tête “faisant sienne pour toujours une image qu’elle peut voir quand elle veut”… et toujours avec cette importance de la durée. Ce dont on se nourrit est un cadeau pour la vie entière.

Je suis une grande admiratrice de cette femme et ce que je pense partager avec elle est cet amour de la transmission. Quelle est notre mission sur notre planète est une question que l’on se pose plutôt communément. Mais que laisse-t-on à nos enfants ? Et je ne parle pas d’argent ou de pierre, je parle de valeurs, de souvenirs, de connaissances.

Lorsque je vois mes enfants tenir tous leurs cahiers, les alimenter de notes et d’illustrations, je me dis “mais quels trésors sont-ils entrain de créer là !” Nous sommes loin des cahiers d’exercices qui finiront à la poubelle. Ces cahiers ordinaires sont en fait extraordinaires, car ils ont une valeur créative et intellectuelle. Ils ont une histoire.

Parfois, je les regarde et j’imagine leurs enfants découvrir un carton plein de ces cahiers dans le grenier. Je regarde aussi mes carnets avec ses yeux là : je les garde et me dit que ce sont des traces que je laisse de moi. Et cela n’a rien à voir avec une histoire d’égo, c’est juste que j’imagine quels cadeaux ce serait pour moi de tomber sur des trésors pareils.

Pouvez-vous imaginer posséder le journal de vos grands-parents ou même de vos parents ? Récemment, mon amie Bobby Jo et son mari Josh ont reçu les carnets de voyage de son arrière-grand-père, découverts parmi des magazines grignotés par les souris. L’un était en anglais et l’autre en allemand. Il contenait des citations de poèmes, des problèmes d’algèbre, quelques leçons d’école et un poème original et touchant sur la perte d’un frère ou d’une sœur.

Nancy Kelly, Sage Parnassus

Commencer à tenir son “Livre de choses”

Je crois qu’il existe tellement de carnets que chacun peut trouver son angle “d’attaque” ; peu importe son nom, finalement le principal c’est d’y noter les choses qui nous nourrissent. Bien que le carnet de notes en tant que journal de lecture ne commence pas à être utilisé avant 13 ans, il me semble que nous pouvons tout doucement agrémenter nos habitudes en tenant des cahiers dans lesquels nous transcrivons ou dessinons quasi quotidiennement.

Bien que les enfants aient des cahiers de narration, j’ai trouvé que le “commonplace book” pouvait justement être utilisé en premier lieu pour tout ce qui nous fait vibrer : l’art, la poésie, des extraits de livre qui accrochent notre attention, des versets ou jolis mantras. C’est vraiment un “cahier de copie” et non un “cahier de création”.

Les enfants viennent de démarrer chacun le-leur et ils y dessinent les peintures de l’étude de l’avent ainsi qu’un passage de la Bible correspondant de leur choix. L’idée c’est qu’ils y copient aussi leurs poésies préférées et les passages de certains livres, les citations d’hommes et de femmes d’horizon divers et varié, etc.

Et si vous commenciez votre “Livre de choses” avec cette période de Noël ou pour le Nouvel An ?

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3 commentaires

  1. dorothee Ossart a dit :

    C’est marrant instinctivement, j’ai toujours eu des carnets de notes d’extraits de livres que j’ai lu. Ils sont comme un parallèle a ma vie, mes cheminements. J’en ai déjà 5, c’est une vraie malle aux trésors à mes yeux. Donc ton article me parle beaucoup ❤️ Merci ! Je vais transmettre ça à Lili Rose !

  2. Après avoir relu une seconde fois ton article, je me dis: quelle femme cette Charlotte Mason quand même ! Elle avait tout compris ! je l’apprécie de plus en plus et elle continue de me surprendre. Et tellement novatrice pour l’époque ! En tant qu’artiste et étant très visuelle, je tiens aussi des carnets d’images. Des images qui proviennent de n’importe où, des textures, des morceaux de tissus imprimés… je donne l’idée ça peut inspirer certains enfants aussi : )

  3. De mon côté, j’écris énormément : c’est même mon métier. Les cahiers, j’en déborde un peu, et les propos que vous tenez au sujet du “festin”, me rassurent un peu parce que dans ma tête, c’est le Grand Festival 😀 Je ne garde pas tout, et je ne garderai pas tout. Parce que c’est trop, et parce que c’est le bazar.
    Mais ces cahiers sont importants. En Chine, ils appelaient ca “le cahier de chevet”, ce que je trouve très poétique dans ce que cela implique d’intime.
    En tous cas, je réfléchissais à comment gérer le fait que je vais avoir besoin d’un carnet pour un travail que je réalise pour le Yoga (je me forme à l’enseignement du Yoga et j’ai un mémoire à écrire pour l’an prochain… au passage, j’aurais beaucoup à dire sur les ponts que je vois entre l’approche Mason et le Yoga… ca me donne presque envie de vous proposer un projet mais j’avoue que je n’ose pas encore trop parce que je ne maitrise pas encore l’approche Mason, avec mon petit de 3,5 ans et ma découverte qui date de cette année). Bref, au lieu de choisir “encore un autre carnet”, je vais continuer dans celui que j’utilise actuellement : simplifier, réunir et laisser des pépites joyeusement “bordéliques” à ma descendance, si ca les inspire 😉
    Un cahier à la fois.

    Et pardonnez mon style un peu brouillon : je suis émue par tout ce que je lis et découvre sur ce blog et en même temps tout se bouscule au portilllon de mes idées : c’est comme si je commençais par m’appliquer la philosophie Mason à moi-même avant de la transmettre, et que ca répondait à un besoin qui n’avait jamais été nourri de la sorte auparavant… ça fait beaucoup d’émotion 🙂

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